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Dans la quiétude des paysages reculés : Le monde sans retouche de Scarlett Hooft Graafland

Dans la quiétude des paysages reculés : Le monde sans retouche de Scarlett Hooft Graafland

Au Rivoli, Scarlett Hooft Graafland effleure l’immensité jusqu’au 28 février 2026. Pour le PhotoBrussels Festival, la Michèle Schoonjans Gallery dévoile Beyond the Horizon : une traversée argentique où le surréalisme des objets défie le silence des déserts. Entre performance et poésie pure, une ode à la lenteur pour recoudre notre lien au monde.

Dans les couloirs du Rivoli, là où le béton bruxellois s’efface devant la lumière de la Michèle Schoonjans Gallery, l’horizon change de nature. L’exposition ‘Beyond the Horizon’ ne se visite pas ; elle se reçoit comme une ponctuation nécessaire dans le tumulte du PhotoBrussels Festival. Ici, le paysage n’est plus un décor, mais un partenaire de jeu. On y perçoit une tension exquise entre l’immensité immuable — des salars boliviens aux banquises du Nunavut — et le geste dérisoire, presque enfantin, de l’artiste qui y dépose un ballon, un tapis ou une silhouette solitaire.

La tension entre l’infime et l’infini

Au cœur de la démarche de la photographe néerlandaise Scarlett Hooft Graafland réside une fascination pour le point de rupture où l’intervention humaine vient perturber l’ordre naturel. Sculptant l’espace avant de le photographier, elle souligne la vulnérabilité de l’homme face à la majesté minérale. Son éthique repose sur le refus du pixel : l’utilisation exclusive de l’argentique moyen format impose une logistique de l’attente. Ses expéditions durent souvent des semaines pour une seule prise de vue, transformant l’acte photographique en un événement communautaire réalisé avec les populations locales.

Du volume au tableau vivant

Formée comme sculptrice, ses premières séries utilisaient la photo comme simple témoin d’installations monumentales. Au fil des ans, l’image est devenue l’œuvre centrale, tandis que ses interventions se sont faites plus subtiles, presque calligraphiques.

En utilisant des matériaux biodégradables (sel, épices, glace), elle transforme le paysage en un tableau vivant où chaque couleur saturée — rouge carmin ou rose bonbon — devient une ponctuation poétique dans le vide apparent.

Ce minimalisme Pop-Surréaliste, où la composition centrale souligne la courbure de la terre, laisse poindre un Anthropocène discret : sans être frontalement militante, elle dit la fragilité du monde par l’intrusion de l’artifice.

Dans le regard de Boombartstic

L’horizon comme partition : le silence orchestré de Scarlett Hooft Graafland

L’exposition ne se traverse pas, elle s’infuse. Dès le seuil franchi, le spectateur est happé par une clarté quasi minérale. Là où la photographie contemporaine sature souvent l’espace de discours militants, l’artiste choisit l’ascèse de la performance éphémère, ce surréalisme de la présence. Contrairement aux approches documentaires froides, Hooft Graafland insuffle une chaleur humaine par la couleur — des tissus vibrants qui viennent lacérer la neutralité apparente du paysage.

Chaque image est le reliquat d’une épreuve physique, d’une attente patiente de la lumière juste, transformant le cliché en une archive de l’unique trace d’une performance réalisée in situ.

En fin de compte, son œuvre nous rappelle que l’émerveillement est un acte de résistance. Sa proposition détonne par sa douceur radicale : elle ne dénonce pas frontalement la fin d’un monde, elle en dessine les contours avec une tendresse infinie, nous invitant à regarder au-delà de la catastrophe, là où la poésie subsiste encore.

Repères biographiques

Née en 1973 aux Pays-Bas, Scarlett Hooft Graafland est diplômée de la Royal Academy of Art de La Haye (KABK), avant de passer par la Bezalel Academy de Jérusalem et la Parsons School of Design de New York. Son travail a été exposé dans des institutions majeures comme le Huis Marseille (Amsterdam) ou le Fotografiska (Stockholm).

À noter : Dans ses séries les plus récentes (post-2025), l’artiste explore l’ajout de broderies à la main sur argentique, prolongeant son dialogue entre photographie et artisanat tactile.

Scarlett Hooft Graafland
Beyond the Horizon
Michèle Schoonjans Gallery
Rivoli Building
Chaussée de Waterloo 690 #25 & #26
1180 Bruxelles
jusqu’au 28 février 2026
du jeudi au samedi, de 12h à 18h
ou sur rendez-vous
En Savoir + : https://micheleschoonjansgallery.be/

À lire aussi : Retrouvez mes chroniques et mes coups de cœur au fil des [galeries d’art à Bruxelles].

 

Scarlett Hooft Graafland, Blue Truck, 100 x 125 cm, Impression jet d'encre sur dibond, édition1/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, Blue Truck, 100 x 125 cm, Impression jet d’encre sur dibond, édition1/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, Carpet, 120 x 150 cm, Impression jet d'encre sur dibond, édition 6/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, Carpet, 120 x 150 cm, Impression jet d’encre sur dibond, édition 6/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, Chair, 38 x 38 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 2/10, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, Chair, 38 x 38 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 2/10, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, Dragon's Blood, 120 x 150 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 1/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, Dragon’s Blood, 120 x 150 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 1/6, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, My white Night, 60 x 75 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 1/12, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, My white Night, 60 x 75 cm, Impression analogique sur Dibond, édition 1/12, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, Pink Lady, 60 x 75 cm, impression jet d'encre sur Dibond, édition 12/12, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, Pink Lady, 60 x 75 cm, impression jet d’encre sur Dibond, édition 12/12, exposition Beyond the Horizon, Michèle Schoonjans Gallery, 2026, (c) Scarlett Hooft Graafland, courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Boombartstic Art Magazine

 

Scarlett Hooft Graafland, portrait dans le désert de sel de Salar d'Uyuni (Bolivie), (c) photo courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, Boombartstic Art Magazine
Scarlett Hooft Graafland, portrait dans le désert de sel de Salar d’Uyuni (Bolivie), (c) photo courtesy Michèle Schoonjans Gallery, Bruxelles, 2026, Boombartstic Art Magazine

 

 

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