Art on Paper 2019, regards croisés sur papier

Art on Paper 2019, regards croisés sur papier

Art on Paper 2019, salon international du dessin contemporain, s’installe à BOZAR pour une cinquième édition, le week-end du 25 au 27 octobre 2019. L’occasion de regards croisés entre trois blogueurs.

Cette année, Art on Paper trouve sa prolongation avec la Brussels Drawing Week, semaine entière dédiée au-dessin contemporain, une itinérance bruxelloise dans une vingtaine de lieux – centres d’art, institutions, fondations, académies,…

Déplacé sur le mois d’octobre, cet événement incontournable pour tout amateur d’œuvres sur papier s’installe le temps d’un week-end dans un des espaces expos de BOZAR.

Une exploration plurielle de ce médium qui se déploie en une quarantaine de solo shows proposés par des galeries et des ’Project Spaces’ belges et internationaux. Une direction artistique placée sous le commissariat de Bas Hendrikx (Kunsthalle Amsterdam) Des exposants sélectionnés par un comité international composé de Kate Macfarlane (Drawing Room, Londres), Sophie Lauwers (BOZAR), Denis De Rudder (La Cambre) ainsi que Reyn van der Lugt et Florence et Daniel Guerlain (collectionneurs, Rotterdam et Paris).

Art on Paper 2019, c’est du dessin ?

Oui, enfin non, enfin pas exclusivement. A l’instar de la Biennale de Photographie de Liège, rebaptisée Biennale de l’Image Possible, Art on Paper nous dresse, depuis cinq années, un panorama très contemporain de la diversité des approches esthétiques et plastiques du dessin.

Si elle  a pu, au cours des dernières décennies, s’imposer comme une forme d’art à part entière, cette expression de la ligne, du geste et de l’intimité a également réussi à s’extraire du cadre dans lequel on l’avait enfermé pour explorer d’autres territoires, d’autres expressions, d’autres supports, d’autres matières.

Exit la seule feuille de papier, exit le seul petit format : le dessin contemporain ose les détours et l’animation. Dynamisé mécaniquement comme dans le travail de Jorrit Paaijmans présenté par Dapiran Art Project Space, mémoire d’une patiente et lente performance face au soleil dans les Sun Drawings de l’américaine Alice Anderson proposée par La Patinoire RoyaleGalerie Valérie Bach.

Le dessin contemporain respire l’innovation. Le dessin n’est –il d’ailleurs pas l’expression primale de toute idée, comme le rappelait dans son discours inaugural Paul Dujardin, Directeur général de BOZAR. Des plans de bataille aux machines de Da Vinci, de la modélisation des formules chimiques aux organigrammes corporate, du mind mapping aux planches anatomiques, TOUT EST DESSIN.

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Alice Anderson, Sun Drawing 4, courtesy La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach, Bruxelles

Art on Paper 2019, les Prix

Le lauréat du Eeckman Art Prize 2019 est attribué à Timo van Grinsven (°1985), qui a reçu un budget de production et un espace d’exposition durant le salon pour y présenter son travail artistique. Pour l’occasion, il présente à BOZAR un nouveau projet où le dessin s’échappe des frontières du papier

Il est également présent à la Galerie du Botanique dans le cadre de la Brussels Drawing Week.
Y seront présentées des installations et des sculptures faites d’un assemblage de matériaux électriques.

Le « Prix SOFAM du meilleur show solo» a été remis le soir du vernissage à l’artiste Vincent Geyskens présenté par la Galerie La Simonie d’Anvers. La galerie et le lauréat, recevront une somme de 2000 € ainsi qu’une adhésion gratuite à la SOFAM. C’est aussi un de mes coups de cœur du salon. J’y reviens un peu plus bas.

Art on Paper 2019, Oasis par Bas Hendrikx

En plus des œuvres exposées par les galeries et ‘project spaces’, Art on Paper 2019 crée encore cette année la nouveauté avec une exposition sur le dessin au sein du salon et curatée par Bas Hendrikx en collaboration avec Masureel Art Factory.

Cette société spécialisée dans le papier peint invite régulièrement des artistes à réaliser des séries limitées. Ils ont demandé à Lore Vanelslande de concevoir un projet de papier peint pour Art on Paper.

Arts on Paper 2019, regards croisés

Mais Art on Paper, c’est bien plus qu’un salon. Ce sont aussi des rencontres, pleins de rencontres, avec des artistes, des galéristes, des personnalités du monde de l’art, des visiteurs lambda, mais aussi avec des journalistes et des blogueurs. Une occasion d’un échange de coups de cœur et de regards croisés sur cette édition 2019 avec Laura Schlichter de Deux +1 et Célestin Fresnay de la Revue Kot Kot.

 

Art on Paper 2019,
par Laura Schlichter – Deux +1

Pour DEUX PLUS UN, l’édition 2019 tient une fois de plus ses promesses avec une curation d’artistes et plasticiens qualitative, offrant un visage multifacette de la discipline.
Parcourir les allées d’Art On Paper 2019, c’est se rendre compte que le dessin a longtemps été timide, et qu’il lui fallait bien un salon pour nous prouver combien il est innovant. Abstrait, figuratif, humoristique, décoratif, le dessin marque à grands traits son entrée dans la cour des grands. S’il fallait évoquer un regret, ce serait celui de ne pas avoir le plaisir de retrouver le talent de Marie Santos aux commandes de la Direction Artistique, un peu plus effacée cette année.

Dans notre Top 3 : du noir, du blanc et des tresses.

Les noirs abyssaux de la collection « After Stones » de Sigrid Tanghe chez CAPS.
Sigrid Tanghe semble transformer les corps en pierre, et rendre cette matière brute, intime et charnelle.

Pedro P.H Paixao chez Irene Laub
Plongée dans l’âme de ce visage. Un regard qui semble tout connaître de l’humanité. On y verrait presque un hommage à Brancusi (installé à Bozar quelques pièces plus loin).

Joue-la comme Greta !
C’est définitif, nous ne verrons plus une jeune fille avec des nattes sans penser à l’icône activiste. Ici l’artiste Angeles Agrela (Espagne) représentée par Galeria Yusto dresse des portraits de jeunes filles rendues muettes ou aveuglées par leur chevelure. Une visée féministe qui n’est pas sans nous toucher.

Et parce que choisir, c’est renoncer, difficile de ne pas mettre dans ce Top 3, une sorte d’ex aequo avec Joris Van De Moortel et son énergie créatrice punk/rock, joyeusement apocalyptique (A voir chez Nathalie Obadia).

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Singrid Tanghe, Kassei, 2019, courtesy CAPS, Bruxelles

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Pedro A.H. Paixão, The Hurricane, 2018, courtesy Irène Laub Gallery, Bruxelles

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Ángeles Agrela, Ana, 2019, courtesy Galeria Yusto Giner, Marbella, Málaga, Espagne

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Joris Van der Moortel, Zone High Emission, 2019, courtesy Galerie Nathalie Obadia

 

Retrouvez toute l’actualité de la team Deux +1

 

Art on Paper 2019,
par Célestin Fresnay – Revue Kot Kot

Lorsque nous découvrons la 5ème édition d’Art on Paper- la foire mettant le dessin à l’honneur du 25 au 27 octobre – nous nous retrouvons dans différents univers ; nous sommes plongés dans le dessin abstrait, dans le dessin figuratif, dans le dessin expérimental à travers une scénographie basée sur le système du solo show. Ce principe original permet de montrer dans un espace, toute la force créatrice d’un artiste et génère un certain plaisir pour le regard des visiteurs. On pourra noter toutefois que cette édition est marquée par la forte présence du dessin abstrait et une réorganisation plus aérée de la scénographie.

Si vous êtes marqués par l’influence des cultures d’Asie, nous vous conseillons d’aller découvrir les œuvres quasi patrimoniales de l’artiste Shine Shivan sur le stand de la Galerie Félix Frachon. Le travail de cette artiste ensorcelle notre regard et nous plonge dans des univers quasi mystiques.

A la manière d’une peinture cubiste, l’artiste Tudi Deligne déstructure le dessin à travers le prisme de la photographie. Les différentes images qui en résultent interrogent le spectateur sur ce mélange d’images abstraites et concrètes. Ce travail énigmatique doté d’une grande qualité technique est à découvrir sur le stand de la Galerie Dys.

À la fois fascinant et inquiétant l’artiste Carlos Alarcón nous plonge au travers du dessin dans l’univers de l’enfance mystifiée en juxtaposant des éléments propres à notre enfance tout en y incorporant des éléments de notre société actuelle. Le spectateur se retrouve alors confronté à des œuvres se rapprochant du surréalisme. Pour en apprendre davantage sur cet artiste rendez-vous sur le stand
de la Adrián Ibáñez Galería.

Retrouvez l’actualité de la Revue Kot Kot 

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Shine Shivan, Iblis, 2016-2018, courtesy Galerie Félix Frachon, Bruxelles

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Tudi Deligne, sans titre, 2018, courtesy Galerie DYS, Bruxelles

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Carlos Alarcón, Paradox, diptych, 2018 Adrián-Ibáñez-Galería, Tabio, Cundinamarca, Colombie

 

Art on Paper 2019,
par Eric Mabille – Boombartstic Art Magazine

Pour cette cinquième édition d’Art on Paper, édition anniversaire, le salon réussit à réaffirmer son positionnement de foire de niche au pays des grands foires d’art plus mainstream présentes sur la capitale. Une place de pionnière également alors que Londres lançait sa première Draw Art Fair en mai 2019. L’idée d’y adjoindre cette Brussels Drawing Week n’est pas pour déplaire aux amateurs d’œuvres sur papier et contribuera désormais à donner au dessin contemporain et à ses diverses formes d’expression la place qu’il mérite dans la grande famille des arts visuels.

Et je me mets à rêver pour les éditions prochaines d’une extension dédiée au dessin performant, comme le festival londonien Draw to Perform.

Côté scénographie, la structuration, certes originale mais difficile, en X de l’édition 2018 a été abandonnée cette année au profit d’un dispositif plus linéaire et aéré qui en facilite le parcours.

Et parce qu’il faut faire un choix, voici mon top 5.

Premier arrêt à la Galerie Yoko Uhoda /Albert Baronian qui présente les Cats d’Alain Séchas.
Figures anthropomorphes, ces chats jouent ou rejouent sur papier des scènes grotesques déployant l’idée du monde assez sombre, empreinte d’humour grinçant ; panorama de nos vies modernes, de nos peurs et frustrations. J’ai beaucoup aimé cette réinterprétation une peu moqueuse du Déjeuner sur l’Herbe.

Autre stand, autre ambiance avec les grands formats de la Bulgare Denitsa Todorova chez DMW Art Space. Des paysages, des évocations toutes végétales naissent d’une superposition de couches de graphite appliquées sur papier fin et que l’artiste a fait disparaître par endroits, laissant de longues déchirures blanches sur un papier délicatement remis à nu. Il y règne comme une impression de silence, de lumière filtrée et d’harmonie.

L’artiste argentin, Gonzalo Elvira décline avec minutie toute une série d’objets et de meubles Bauhaus. Son esthétique aux formes pures et simplifiées surgit d’alignements méthodiques d’une myriade de petits motifs répétés à l’infini et qui donne au dessin toute sa vibrance et cette lumière immanente proche d’une toile des artistes pointillistes. Face à lui, les surfaces planes, roulées ou repliées de Diogo Pimentão oppose leurs niveaux d’un gris minimal. A voir à la Galeria Rocio Santa Cruz.

J’ai été d’emblée séduit par la scénographie faite de brisures de cimaises d’une ancienne exposition proposée par la Galerie La Simonie. Assemblées comme un puzzle, elles rompent un peu avec la monotonie monochrome du salon et servent de support et de vitrines aux fragments épars de Vincent Geyskens. Grand consommateur d’images, il nous propose ces petits morceaux choisis, un ensemble de collages où s’entrechoquent références et mondes comme dans ce portrait né de l’association de la photo de l’architecte d’Hitler, Albert Speer et d’une bouche d’évacuation d’évier (jeu de mots en néerlandais Speer + put > Steerput > Égoût). Un très beau travail récompensé d’ailleurs par le Prix SOFAM du meilleur solo show 2019.

Et pour finir, last but not least, mon coup de cœur de cette édition : Jorrit Paaijmans chez Dapiran Art Project Space. Une exploration de l’acte-même de dessiner en en disséquant les moindres mouvements associés au processus. Il propose à travers ses curieuses machines cinétiques une déconstruction du dessin jusqu’à sa propre genèse. Parmi celle-ci, la Radical Drawing Machine, dans laquelle l’artiste n’hésite pas à insérer son bras pour se faire tatouer, lors d’une performance à la Fondation Verbeke en septembre 2019.

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Alain Séchas, courtesy Galeries Yoko Uhoda et Albert Baronian

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Denitsa Todorova, courtesy DMW Art Space, Anvers

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 201, Gonzalo Elvira, M.B.-II, 2019, courtesy Rocio Santa Cruz Gallery, Barcelone, Espagne

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Diogo Pimentāo, Documented, 2012, courtesy Rocio Santa Cruz Gallery, Barcelone, Espagne

 

Art on Paper 2019
Art on Paper 2019, Jorrit Paaijmans, Radical Drawing Device, 2017-2019, courtesy Dapiran Art Project Space, Amsterdam, (c)photo Hein Lagerwey

 

Art on Paper 2019
Brussels International Contemporary Drawing Fair
BOZAR
Rue Ravenstein 23
1000 Bruxelles

du 25 au 27 octobre 2019
de 11h à 19h
www.artonpaper.be

 

 

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