Chun Kwang Young, agrégations et sentiments

Chun Kwang Young, agrégations et sentiments

La Fondation Boghossian accueille la première exposition dédiée à l’œuvre de l’artiste plasticien coréen Chun Kwang Young. Elle poursuit ainsi sa mission de mettre en avant l’art dans un dialogue entre cultures. L’exposition investira les espaces de la Villa Empain jusqu’au 27 août 2017 en regard de Mondialité, déjà présente en ses murs.

C’est également une première exposition solo d’un artiste à la Villa. Placée sous le commissariat de d’Asad Raza, elle rassemble des œuvres de Chun Kwang Young, de 1998 à nos jours, tout en faisant la part belle aux dernières créations de l’artiste. J’avais découvert une de ses compositions à Art Brussels cette année et j’avais déjà été fasciné par la délicatesse de ce travail et son impact immersif.

Chun Kwang Young

Chun Kwang Young est né en 1944 à Hongcheon en Corée du Sud dans un contexte socio-politique troublé qui voit la fin de la colonisation japonaise en 1945, la division de la Corée en deux états indépendants et la Guerre de Corée qui s’en suivra de 1950 à 1953. A l’issue du conflit, la République de Corée du Sud, proche de l’Amérique, connaîtra un essor économique sans précédent et verra sa jeunesse attirée par le nouveau monde. C’est à ce moment-là que Chun Kwang Young effectue plusieurs séjours aux Etats-Unis où l’art est alors dominé par le Pop Art, le Colourfield, l’Action Painting et l’Expressionnisme Abstrait. L’artiste y trouve une liberté de création émancipée d’un enseignement traditionnel où le réalisme bride souvent l’imagination.
Au début de sa carrière, au Philadelphia College of Art, Kwang Young utilise beaucoup la couleur et les formes qu’il laisse exprimer dans un certain chaos pictural. Mais il s’en détachera très vite pour trouver sa propre esthétique. Dès son retour en Corée, l’artiste privilégie un art associant encrage coréen et désir de spiritualité.

Le hanji

Au départ, il y a ses souvenirs d’enfance, ces emballages triangulaires en papier hanji qui servent à emballer les médicaments dans l’officine de son oncle. Le hanji est le papier traditionnel coréen obtenu à base de fibres d’écorce de mûrier. Datant du 9ème siècle, ce papier est utilisé autant pour la peinture, la calligraphie, l’édition, le revêtement de sol, la tapisserie murale que pour emballer presque tout. Il fait partie intégrante de la culture coréenne et est apprécié pour ses propriétés : résistant, lisse, de couleur blanc cassé et sa capacité à bien absorber les couleurs.
Dès 1995, l’assemblage de ces petits volumes triangulaires en papier hanji devient la base du travail de Chun ; rassemblés dans de vastes surfaces cristallisées qu’il nommera ‘Aggregations’.

L’exposition

D’entrée de jeu, les œuvres monumentales de Chun Kwang Young séduisent autant qu’elles fascinent. Murales ou sculpturales, elles investissent l’espace, couvertes d’une multitude de volumes triangulaires, de tailles diverses, ramassés sur eux-mêmes et sur leur propre volume d’air, avant de prendre leur place dans de grands ensembles. Les voici ainsi ficelés, emboîtés, enchâssés, comme autant de petites cellules, parcelles d’histoires individuelles rassemblées en une communauté cohérente sur canevas ou en installations.

Le sous-sol s’ouvre sur une diversité de formes et de propositions aux couleurs fondamentales, lumineuses, sombres ou parées de subtils camaïeux de gris. ‘Aggregation’ est le nom qui les rassemble sans pourtant en compromettre leur individualité formelle ou expressive, leur respiration propre au-delà de l’accumulation.

Dans un salon de la villa, un météore à la surface couverte de cratères semble avoir percuté le sol marbré de la villa. Masse noirâtre, conglomérat de triangles qui gît dans ses propres éclats, image métaphorique d’un cœur qui vit ses derniers battements…
Côté piscine, la première sculpture monumentale extérieure de l’artiste, une boule hérissée sur ses pointes, semble hésiter entre immobilisme au soleil et désir d’évasion.

Evocations de paysages imaginaires, lunaires ou minéraux, espace volumétrique abstrait, lieu de toutes les interprétations. Unicité de la matière première. Son papier à lui, il le récupère dans des ouvrages anciens aux pages imprégnées de caractères coréens et chinois, maculées des traces de doigts laissées par celles et ceux qui les ont manipulées, touchées, tournées. L’artiste voit ces traces comme un témoignage de son attachement aux autres ; le ‘Jeong’ – mot coréen qui signifie l’amour des autres qui partagent le même monde. Pas de feuilles neuves ou vierges. A chaque page, sa parcelle d’histoire. Paradoxe créatif que ces topologies paysagères abstraites, non figuratives pourtant élaborées à partir d’une vie quotidienne qui a laissé son empreinte sur le papier.

Review

Tout est presque aléatoire, il n’y a ni sens, ni histoire à chercher, pas de continuité non plus. Le sens est dans la communautarisation de ces entités cellulaires – que l’artiste appelle ‘unités minimales de l’information’. Elles sont le fondement d’une vie qui n’existe que dans la respiration collective, dans le rassemblement en une œuvre d’art. Toutes ont l’air de converger dans la même direction, celle d’un récit commun qui pour un moment à fait escale sur les murs et dans les espaces d’une villa Art Déco au bord de l’eau. Peu à peu elles deviennent aussi notre histoire, celle qui nous retient, nous invite à l’immersion.

De la forme complexe à l’infime unité élémentaire, le travail de Chun Kwang Young parvient dans un travail minutieux, complexe et patient, proche de l’ascèse, à représenter la diversité dans sa plus vibrante unité. Une unité qui bat à l’unisson de multiples palpitations, soubresauts, fibrillations du sensible présents dans chacun de ces petits paquets de papiers imprimés.
Intimité et délicatesse du détail dès qu’on s’approche un peu, majestuosité de l’émotion en surface, pour peu qu’on prenne du recul.
Chaque œuvre respire d’harmonie et vibre à l’unisson de ces centaines de petits souffles retenus sous papier hanji. Par delà la surface, au-delà de l’écorce, les individualités demeurent, respirent, brillent dans un apparent sommeil, peut-être guettent-elles le moment de reprendre leur indépendance. L’œuvre de Chun Kwang Young, de milliers de récits composée, est la porte ouverte vers un ailleurs, là où sommeille le sentiment.
En résonance à cette exposition, la ArtLoft expose également Chun Kwang Young dans le cadre cosy de sa galerie-appartement jusqu’au 15 juillet 2017.

Chun Kwang Young
Villa Empain – Fondation Boghossian
Jusqu’au 27 août 2017
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Catalogue disponible
Avenue Franklin Roosevelt, 67
1050 Bruxelles
www.villaempain.com

 

Chun-Kwang-Young
Chun Kwang Young, Aggregation15-JL038, 2015, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Boghossian Foundation

 

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Chun Kwang Young, Aggregation16-JA010 (STAR2), 2016, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Boghossian Foundation

 

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Chun Kwang Young, Aggregation 14-JU027 (Dream7), 2014, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Boghossian Foundation

 

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Chun Kwang Young, Aggregation 12-AP014, 2012, (c) Chun Kwang Young, (c) Boghossian Foundation

 

 

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Chun Kwang Young, Aggregation, détail, 2016, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Eric Mabille

 

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Chun Kwang Young, Aggregation 15-OC061, 2015, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Boghossian Foundation

 

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Chun Kwang Young à la Villa Empain, 2017, (c) photo Eric Mabille

 

Chun Kwang Young, première œuvre monumentale en extérieur,2017, Villa Empain, (c) Chun Kwang Young, (c) photo Eric Mabille

 

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