Martin Streit, dans une chambre obscure

Première exposition monographique de l’artiste allemand Martin Streit, Poésie de Lumière’ proposée par la Galerie Esther Verhaeghe – Art Concepts au Hangar Art Centre jusqu’au 7 octobre 2017.

La Galerie nomade Esther Verhaeghe s’installe au Hangar Art Center pendant un mois, du 07 septembre au 07 octobre 2017, le temps du premier solo show du peintre et photographe, Martin Streit. On avait déjà eu l’occasion découvrir son travail dans l’exposition collective Résilience organisée par Esther Verhaeghe en février et mars 2017. Aux cimaises du premier étage de ce centre d’art, une trentaine d’œuvres récentes : quelques tableaux à l’huile sur toile et bon nombre de photographies réalisées à la camera oscura.

Martin Streit

Martin Streit est né à Coblence – Allemagne – en 1964
Il a étudié a la peinture aux Beaux-Arts de Münster puis de Düsseldorf. Dès le début, sa pratique de la peinture s’accompagne de plus en plus d’un usage de la photographie ; deux disciplines qui deviennent très vite deux visages d’un même travail et nourrissent alternativement ou ensemble son processus créatif.

Bénéficiaire d’une bourse, il prend résidence à la Cité des Arts de Paris en 2003 et donne libre cours à sa passion pour la photo. Il s’installe rapidement un premier labo dans la salle de bain de son appartement. Ses thèmes récurrents sont l’architecture, les ponts, le cimetière du Père Lachaise et ces objets ramenés du marché aux puces qu’il photographie chez lui, en noir et blanc, dans son atelier.

Une préoccupation première : la lumière, sa vibration, l’émotion qu’elle crée. Comment l’objet va-t-il se structurer par elle sur la superficie d’une toile, comment se créent profils, faces, angles et surfaces touchés par elle ?

Camera Oscura, Lichtkammer, Light – Chamber

C’est en 2010 que Martin Streit commence à utiliser la camera oscura.
La camera oscura – ou chambre noire – est une technique qui permet d’obtenir via un instrument optique objectif, une projection inversée d’une image sur un fond plan. Cette vision bidimensionnelle, proche de la vision humaine, était déjà utilisée il y a des siècles par les peintres et de nombreux artistes comme Léonard de Vinci afin de reproduire fidèlement les vues, les personnages et les paysages qu’ils avaient devant eux. Les procédés de fixation de l‘image allaient au 19ème siècle conduire ce procédé à l‘invention de la photographie.

A ses débuts, Martin Streit utilise de simples boites afin d’en expérimenter les potentialités. Mais en 2010, c’est la rencontre décisive avec le peintre Georg Schmidt qui l’invite à exposer au Field Institute à Hombroich, Neuss. Son espace d’exposition, aux proportions inhabituelles, forme un long couloir de 48 mètres de long sur 2,5 de large. Martin Streit choisit de l’investir telle une camera oscura dans laquelle le visiteur est invité à entrer, tout en faisant l’expérience de la lumière lors de sa progression dans l’espace. Le résultat obtenu dès la première photo enchante l’artiste, car proche de son travail de peinture.Depuis lors, l’artiste n’a eu de cesse d’améliorer le processus. Il deviendra peu à peu son outil de création principal.

C’est ainsi qu’en 2014, il installera au pied du transept sud de la cathédrale de Cologne sa Lichtkammer. Un endroit idéal pour ses modulations de lumières en cours de journée, avant qu’elles ne s’évanouissent, les heures avançant.

Dans une démarche proche de Monet devant la cathédrale de Rouen, Martin Streit multipliera les prises de vue de cette façade gothique à toutes heures du jour. Cette Lichtkammer continue de voyager, capturant furtivement vues de villes, éléments d’architecture, natures mortes et silhouettes de personnes saisies dans leurs mouvements.

Conçu presque comme une performance en temps réel, ce projet transcende les seules peinture et photographie. Entrer dans le dispositif par une antichambre placée dans le noir absolu est une idée qui se retrouve également dans le travail du sculpteur de lumière qu’est James Turrel. Le spectateur devient soumis à sa réception sensorielle et préparé à voir l’installation : au bout du container, sur un écran de gaze blanche tendue à travers l’espace, l’image projetée de l’extérieur vers l’intérieur se matérialise en rétroprojection.

Son style

« La technique, ce n’est rien. Ce qui m’importe c’est de créer une poésie, une émotion par la lumière, la vibration de la couleur et de la forme Il n’y a ni concept, ni narration, ni histoire. C’est la vibration de l’image seule. ».

Quels liens, ces personnages en action entretiennent-ils avec le décor ? Comment la lumière agit-elle sur eux, comment sont-ils révélés par elle ? Autant de questions abordées dans l’œuvre de l’artiste.

En résultent, des propositions floutées presque diaphanes, une vision brouillée qui nécessite la mise au point du spectateur sans qu’il n’y arrive. Des formes humaines et architecturales se retrouvent posées sur leur support, telle une brume, une évaporation subtile, délicate et éphémère de pigments. Cet effet de flou, engendré par la camera obscura, Martin Streit l’aime et l’entretient. Il nous offre ses images fragiles, fuyantes et poétiques.

Martin Streit n’hésite pas à mélanger photographie et peinture sur un même support. Il lui arrive parfois de peindre directement sur la photographie des taches de couleurs ou de l’étendre de manière si radicale qu’il ne subsiste rien de l’image originale, laissant la place à une nouvelle proposition picturale née dans une liberté totale.

Qu’en penser?

Dans le travail de Martin Streit naît tout un monde de l’estompe, de l’effacement, de la trace à peine palpable où architecture et personnages ne se distinguent clairement ni ne se rendent reconnaissables, comme pour en atteindre une épure universelle. La dame en blanc marche sans que l’on sache qui elle est sur un fond urbain sans qu’on ne sache où c’est. Dézoomer, c’est donner vie au flou, changer le rapport entre le sujet et le décor. Ces éléments figuratifs décontextualisés intriguent d’autant qu’ils ont l’apparence d’un déjà-vu. Instant cristallisé où des formes apparaissent et entrent dans la lumière.

Dans ce basculement de notre perception, il nous revient parfois du creux de notre mémoire, une personne, une portion de ville oubliée. Les tableaux de Martin Streit sont autant d’instants où passé et présent se retrouvent réunis dans une peinture ou une photographie écrite autant avec l’ombre qu’avec la lumière, avant que tout ne disparaisse.

 

 

Martin Streit
Poésie de Lumière
Galerie Esther Verhaeghe – Art Concepts
Hangar Art Center
Place du Châtelain 18
1050 Bruxelles
Jusqu’au 07 octobre 2017
Du mardi au samedi de 14h à 18h
www.estherverhaeghe.com

 

Martin Streit
Martin Streit, Fuller Building, 2012, Camera Oscura, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Frau mit Rotem Kleid, 2014, Cologne, impression pigmentaire sur Alu Dibond, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Gegestreifter Becher, Gelbes Haus, 2017, huile sur toile, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Figurengruppe 2/3, 2013, huile sur toile, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Ocker-Tuerkis, Ocre-Turquoise 2017, huile sur toile, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Sessel I, 2012, New York, Camera Oscura, (c) Martin Streit, Courtesy Esther Verhaeghe Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Weisser Schal, 2011, Zürich, (c) Martin Streit, Courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Blaues Zollhaus, 2011, Suisse, (c) Martin Streit, Courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Figur auf einem Bein Stehend, Figure debout sur une Jambe, 2015, Huile sur Papier et aluminium, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Vier Blaue Kugeln, Quatre Quilles Bleues 2017, huile sur toile, (c) Martin Streit, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Doppelter Schatten, 2014, Paris, impression pigmentaire sur Alu Dibond, (c) Martin Streit, courtesy Esther Verhaeghe, Art Concepts

 

Martin Streit
Martin Streit, Camera Oscura sur l’esplanade du Dom, 2014, Cologne, (c) Martin Streit, (c) photo Martin Streit

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