Published 21 février 2026 Commentaires 0 Commentaire Par Eric Mabille Tags BruxellesGaleriesGallery 41Ousmane BâPeinture contemporaine Ousmane Bâ : Une chorégraphie du vide en suspension entre le Sahel et le Japon À la Gallery 41, l’exposition Afrikoyo e d’Ousmane Bâ fusionne l’Afrique et l’Ukiyo-e pour créer un territoire visuel inédit. L’artiste franco-sénégalo-guinéen y expose des silhouettes en apesanteur, utilisant la précision du trait japonais pour célébrer le repos des corps noirs comme un acte de résistance politique. Je découvre [+] La quête du mouvement et de l’épure L’art de l’assemblage et du collage Une fusion technique entre encre et numérique Le repos comme acte de résistance Dans l’œil de Boombartstic Dans le paysage foisonnant de l’art contemporain de ce début d’année 2026, Ousmane Bâ s’impose par une élégance particulière. Né à Strasbourg et aujourd’hui installé à Tokyo, il réussit le tour de force de marier deux mondes que tout semble opposer : l’Afrique de l’Ouest et le Japon. À la Gallery 41, au cœur du Sablon, l’exposition Afrikoyo e s’offre comme une respiration suspendue, un pont jeté entre les rives du Sénégal et les brumes de l’Archipel. Le titre lui-même agit comme un mantra, contraction sémantique entre l’Afrique et l’Ukiyo-e, ‘ces images du monde flottant’ japonaises qui capturent l’impermanence du vivant. L’artiste y cartographie un territoire intime où le corps, libéré de la pesanteur, accède enfin à la dimension du mythe. La quête du mouvement et de l’épure Au cœur de son sujet, Ousmane Bâ explore inlassablement la gestuelle et l’énergie vitale. Qu’il s’agisse de la puissance des lutteurs, de la noblesse des cavaliers ou de la grâce des silhouettes féminines, il cherche à capturer l’instant où le corps transcende sa dimension physique pour devenir spirituel. Ses sujets ne sont jamais statiques ; ils habitent l’espace avec une fluidité qui rappelle les philosophies nomades et la poésie du mouvement pur. Le parcours révèle un tissage de voix singulier, salué par la critique comme une ‘chorégraphie du vide’ servie par une précision d’orfèvre. Sur le papier washi, l’encre Sumi et les pigments japonais rencontrent des motifs rituels africains dans une symbiose organique. L’art de l’assemblage et du collage Cette harmonie visuelle repose sur un travail méticuleux de collage et d’assemblage, véritable colonne vertébrale de sa démarche. Loin d’une peinture plane, Ousmane Bâ construit ses œuvres par strates, superposant des fragments de papier washi préalablement teintés ou calligraphiés. Cette technique de l’assemblage permet de créer un relief subtil, une profondeur matérielle qui donne corps aux silhouettes tout en préservant leur légèreté. Chaque pièce collée devient une parcelle d’identité, un morceau de territoire que l’artiste ajuste avec une précision chirurgicale pour composer un ensemble cohérent. Ce processus de montage, presque sculptural, témoigne de sa volonté de lier physiquement les cultures, faisant du collage le symbole même de sa propre dualité. Une fusion technique entre encre et numérique Sa pratique est un laboratoire de métissage où la tradition rencontre la modernité. Formé à la calligraphie japonaise (Shodo) et à l’art de l’estampe, Bâ utilise des matériaux nobles travaillés avec une répétition rituelle. Je peins encore et encore pour me vider l’esprit, dans le but de ne faire qu’un avec le papier et le pinceau. C’est seulement par la répétition que ma ligne peut approcher la perfection. Récemment, il a intégré avec brio le dessin numérique à son processus, réussissant à préserver la vibration du trait manuel dans le pixel. Cette hybridation lui permet de superposer des textures complexes, mêlant la délicatesse d’un lavis traditionnel à la précision technologique contemporaine. Le repos comme acte de résistance L’un des piliers de son travail, consolidé lors de sa résidence à Black Rock Sénégal, est la célébration du corps noir dans l’oisiveté. À travers sa série ‘The Idle Dream of the Black Body’, Ousmane Bâ propose une vision radicale : le repos comme forme de résistance politique. Dans un monde obsédé par la productivité, ses personnages alanguis ou contemplatifs revendiquent le droit à la douceur et à la rêverie. Cette « positivité corporelle » ne s’exprime pas par la force, mais par la sérénité du trait, offrant une leçon de paix intérieure dans un monde en fragmentation. En faisant léviter ces silhouettes, il propose une solidarité esthétique inédite entre le Sud et l’Est. Dans l’œil de Boombartstic Dans le paysage culturel bruxellois, souvent saturé de discours théoriques, cette proposition détonne par son humilité radicale et son ambition silencieuse. Si la scénographie de la galerie favorise l’immersion, la beauté formelle des œuvres est telle qu’elle pourrait presque occulter la profondeur politique du geste. Pourtant, c’est précisément dans cette élégance que réside sa force : en ‘ apprenant à flotter par les ancêtres’, Ousmane Bâ nous amène à repenser notre rapport à l’exil et à l’identité. Pour le visiteur, cette exposition est une invitation à se délester du bruit du monde pour entrer dans une apesanteur nécessaire. Ousmane Bâ ne se contente pas de peindre ; il nous invite, tout simplement, à prendre le temps du regard. Ousmane Bâ Afrikoyo-e, the Floating Worlds of Ousmane Bâ Gallery 41 41 rue Ernest Allard 1000 Bruxelles jusqu’au 21 février 2026 du mercredi au samedi, de 11h à 18h En savoir + www.gallerythe41.com À lire aussi : Retrouvez mes chroniques et mes coups de cœur au fil des [galeries d’art à Bruxelles]. Ousmane Bâ, Naissance d’une étoile antigravitationnelle, 2025, Panneau de bois, Matière Sumi, pigment japonais sur washi (pigment japonais) Collage et peinture, 146 x 100 cm, exposition Afrikoyo e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Métamorphose, 2025, panneau de bois, matériaux : Sumi, pigment japonais sur washi (pigment japonais), collage et peinture, 146 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Les Gardiens du Seuil, 2025, panneau de bois, matière : Sumi, pigment japonais sur washi (pigment japonais) Collage et peinture, 70 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Un Instant avant le Satori, 2025, panneau de bois, matériaux : Sumi, pigments japonais sur washi, collage et peinture., 70 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Le Courage du Saut, 2025, panneau de bois, matériaux : Sumi, pigments japonais sur washi, collage et peinture, 42 x 59,4 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Par les Ancêtres, apprendre à flotter, 2025, panneau de bois, matière : Sumi, pigment japonais sur washi (pigment japonais), collage et peinture, 70 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, L’Appel de l’Antigravité, 2025, panneau de bois, matériaux : Sumi, pigments japonais sur washi, collage et peinture, 70 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Ousmane Bâ, Le Corps qui refuse la Chute, 2025, panneau de bois, matériaux : Sumi, pigments japonais sur washi, collage et peinture, 146 x 100 cm, exposition Afrikoyo-e, Gallery 41, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Gallery 41, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Auteur Eric Mabille Fondateur de Boombartstic, j’explore les arts visuels avec la même curiosité que vous : à travers le mouvement, l'instinct et le temps du regard. Spécialiste en gestion de projets culturels, je décrypte l’actualité des arts pour nourrir nos envies de découvertes. Je cultive un soin d’écriture particulier pour partager mes sélections qualitatives d'expositions en galeries et dans les musées, mon agenda, ainsi que mes critiques de livres d'art. Basé à Bruxelles, j’aime dénicher l'inattendu lors de mes escapades en Europe, privilégiant toujours l'immersion des previews presse. Plus qu'un magazine, je conçois Boombartstic comme un compagnon de route pour tous ceux qui, comme moi, aiment vivre l'art avec exigence et authenticité.