Published 2 mars 2026 Commentaires 0 Commentaire Par Eric Mabille Tags BruxellesGaleriessculpture contemporaineSorry We're ClosedThomas Kiesewetter Thomas Kiesewetter : L’anthropomorphisme abstrait ou la comédie humaine du métal L’artiste berlinois Thomas Kiesewetter investit la galerie Sorry We’re Closed jusqu’au 13 mars 2026. Une proposition radicale où l’acier industriel hérite de la spontanéité d’une esquisse ou d’un assemblable en carton pour entretenir un subtil jeu d’illusion de matière. Je découvre [+] Entre structure et légèreté Du balsa au pliage manuel, trouble de la matière Un théâtre mécanique Dans le regard de Boombartstic Repères biographiques L’acier peut-il danser dans le silence d’une architecture XIXe dépouillée ? En franchissant le seuil du numéro 39 de la rue des Minimes, l’expérience est saisissante. Ici, la maison bourgeoise s’est délestée de ses apparats : point de cimaises ni d’ornements superflus. La galerie n’a conservé que l’essentiel — des murs nus, des volumes vertigineux et une cage d’escalier monumentale qui semble s’emparer du vide. C’est dans ce white cube grand format que les œuvres de Thomas Kiesewetter imposent leur présence. Entre structure et légèreté Le style de Kiesewetter repose sur une recherche constante : comment rendre à la matière industrielle la liberté d’un trait de crayon ? On en peut manquer d’y voir une plasticité Inspirée par le ‘Nouveau Réalisme’ mécanique à la Fernand Léger. L’artiste s’approprie les formes élémentaires du monde moderne pour les réorganiser selon une logique organique. Ses assemblages de vis et de rivets apparents soulignent une volonté de rendre le métal malléable. Sous une monochromie saturée — bleu de Prusse, orange de chantier ou jaune de sécurité —, la matière perd sa lourdeur : l’aluminium permet ces éclats vibrants tandis que l’acier assoit la structure, transformant chaque pièce en une ligne pure qui segmente et rythme le volume de la galerie. Du balsa au pliage manuel, trouble de la matière Le cœur de sa technique réside dans un transfert de sensation. Chaque pièce naît d’une maquette fragile en carton ou en bois de balsa. Le défi consiste à transférer les plis, les déchirures et les équilibres précaires de ces supports pauvres vers la tôle industrielle. Ici, pas de fonderie : le pliage manuel à froid permet de conserver la mémoire du geste et la spontanéité du carton originel, malgré la résistance du métal. Un théâtre mécanique Dans l’espace de la galerie, la disposition des pièces répond à une dramaturgie précise qui invite le regard à la verticalité. Au rez-de-chaussée, certaines œuvres s’affirment en solo sur des socles individuels, comme autant de silhouettes figées dans une posture introspective. En empruntant l’escalier monumental, le visiteur suit le fil d’une narration qui se poursuit à l’étage : là, les sculptures se regroupent sur une vaste table-estrade, un podium partagé où elles cohabitent comme les protagonistes d’un cirque mécanique. Cette mise en scène accentue l’aspect anthropomorphe de ses structures qui semblent dialoguer ou s’observer, habitant la majesté du lieu dans une chorégraphie d’assemblages bruts. Dans le regard de Boombartstic L’équilibre des contraires : Quand l’acier se fait esquisse Il y a une forme de jubilation pop à pénétrer dans l’antre de Sorry We’re Closed pour y découvrir les dernières nées de Thomas Kiesewetter. À première vue, on pourrait croire à un débarquement de carrosseries orphelines, des fragments d’une industrie lourde qui auraient décidé, par un soir de pleine lune, de se plier à la danse. Mais le regard, s’il accepte de ralentir, perçoit vite la supercherie : cet acier n’est pas froid, il est vivant. Chaque pièce semble porter en elle le souvenir de sa fragilité originelle, celle du carton et du balsa, comme si le métal n’était qu’un vêtement de parade pour une pensée qui se veut, avant tout, spontanée. Son œuvre souligne souvent une forme d’élasticité » paradoxale. Là où la sculpture minimaliste historique cherchait l’effacement du faire, Kiesewetter expose ses coutures. Les vis et les rivets ne sont pas là pour rassurer sur la solidité de l’ensemble, mais pour scander le rythme de la construction. On pense irrésistiblement à Fernand Léger et cette même manière de traiter les formes élémentaires avec une franchise presque brutale, mais sauvée par une palette de couleurs saturées qui transforme le poids en lumière. Le bleu électrique ou l’orange vif ne sont pas ici de simples ornements ; ils rendent ces sculptures presque légères, gommant la densité de la tôle pour ne laisser flotter que l’intention graphique. Thomas Kiesewetter parvient à allier l’architectural au figuratif anthropomorphe. On ne regarde plus seulement une structure, on fait face à une posture – trait d’union entre l’utopie constructiviste et la vulnérabilité de notre époque. Ses œuvres sont des ‘corps-machines’ au repos, des abstractions qui ont le bon goût de ne pas se prendre au sérieux. C’est un labyrinthe de personnages en métal habités de silence ; une invitation à redécouvrir la beauté du pli et la poésie de l’assemblage. Repères biographiques Né en 1963 à Kassel, Thomas Kiesewetter vit et travaille à Berlin. Après avoir étudié à la Hochschule der Künste sous l’égide de Raimund Girke, il a développé une esthétique fusionnant héritage constructiviste et modernité industrielle. Aujourd’hui représenté par des galeries internationales comme Almine Rech ou Sabine Knust, ses œuvres figurent dans de prestigieuses collections et institutions, de la Kunsthalle Bielefeld au Skulpturenpark Köln. Thomas Kiesewetter – New Sculptures Sorry We’re Closed 39 Rue des Minimes 1000 Bruxelles jusqu’au 13 mars 2026 du mercredi au samedi, de 14h à 18h En Savoir + : http://www.sorrywereclosed.com À lire aussi : Retrouvez mes chroniques et mes coups de cœur au fil des [galeries d’art à Bruxelles]. Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Sorry We’re Closed, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Sorry We’re Closed, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Thomas Kiesewetter, portrait et vue de l’exposition New Sculptures, Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2026, (c) photo Hugard et Vanoverschelde, courtesy Sorry We’re Closed, Boombartstic Art Magazine Auteur Eric Mabille Fondateur de Boombartstic, j’explore les arts visuels avec la même curiosité que vous : à travers le mouvement, l'instinct et le temps du regard. Spécialiste en gestion de projets culturels, je décrypte l’actualité des arts pour nourrir nos envies de découvertes. Je cultive un soin d’écriture particulier pour partager mes sélections qualitatives d'expositions en galeries et dans les musées, mon agenda, ainsi que mes critiques de livres d'art. Basé à Bruxelles, j’aime dénicher l'inattendu lors de mes escapades en Europe, privilégiant toujours l'immersion des previews presse. Plus qu'un magazine, je conçois Boombartstic comme un compagnon de route pour tous ceux qui, comme moi, aiment vivre l'art avec exigence et authenticité.