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Agenda Boombartstic mai 2026 | Fais-toi belle, Fais-toi beau

Entre rituels d’apparat, reflets numériques et quête d’absolu, découvrez l’Agenda Boombartstic mai 2026 ‘Fais-toi belle, Fais-toi beau’. Le corps s’y expose, s’y dépose, s’y compose et s’y décompose en de fascinantes mutations. L’artifice y rencontre l’incarnation, conçue comme une véritable invitation à bousculer votre regard pour mieux en reprendre le temps.

Je découvre [+]

Tout part d’un double choc esthétique à BOZAR, point de départ de cette introspection. D’un côté, ‘Bellezza e Bruttezza’ réconcilie l’idéal de beauté classique et la vérité de la laideur. De l’autre, ‘Picture Perfect’ brise le reflet factice de nos vanités modernes. Deux facettes d’un même miroir qui interrogent notre rapport aux apparences, de la Renaissance à l’ère des algorithmes. Une tension qui fait intimement écho au travail de l’artiste suisse Christian Bolt et sa quête sculpturale absolue : saisir l’instant précis où naît la beauté de la matière.

Parce qu’on ne peut pas tout voir, voici mon exploration Boombartstic du mois : nos expositions bruxelloises essentielles, un arrêt au cœur des collections des Musées royaux des Beaux-Arts, et un détour par les galeries d’art contemporain. Et si l’envie vous prend de bouger pour le week-end ? Je vous ai préparé un carnet de route avec des escapades en Belgique et en France. Nous finirons ce voyage par ma sélection de beaux livres à feuilleter. Pas de détour, juste l’essentiel. Ouvrez l’œil, la déambulation commence.

 

BRUXELLES : LES EXPOSITIONS ESSENTIELLES

Qu’est-ce qui nous pousse à troquer nos visages contre des reflets lisses, et qu’est devenu notre droit à l’imperfection ?

Depuis la Renaissance, où la beauté et la laideur se faisaient déjà face comme les deux côtés d’un même miroir, jusqu’à notre obsession contemporaine pour les filtres et la validation numérique, les époques changent mais notre quête de mise en scène, de paraître et d’apparaître reste intacte.

C’est précisément sous ce vernis qui craquèle que sommeillent nos obsessions les plus intimes : ce besoin viscéral d’exister dans le regard de l’autre et cette urgence créative de saboter la perfection pour enfin retrouver notre épaisseur humaine.

À lire aussi : Retrouvez mon regard sur l’actualité des musées et le meilleur des [expositions à Bruxelles].

 

Giovanni Francesco di Luteri (Dosso Dossi), Femme et satyre, ca. 1508-1512, Gallerie degli Uffizi, Florence, inv. Palatina 1911, exposition Bellezza e Bruttezza, BOZAR, Bruxelles, 2026, © MiC – Gabinetto Fotogra co delle Gallerie degli Uffizi, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi Belle | Fais-toi beau
Giovanni Francesco di Luteri (Dosso Dossi), Femme et satyre, ca. 1508-1512, Gallerie degli Uffizi, Florence, inv. Palatina 1911, exposition Bellezza e Bruttezza, BOZAR, Bruxelles, 2026, © MiC – Gabinetto Fotogra co delle Gallerie degli Uffizi, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi Belle | Fais-toi beau
BOZAR | Bellezza e Bruttezza : Le miroir aux deux visages

Avec « Bellezza e Bruttezza », BOZAR orchestre un fascinant duel esthétique entre la Renaissance italienne et celle des anciens Pays-Bas, une époque charnière où la beauté s’extirpe enfin du divin pour devenir une affaire de pigments et d’obsession humaine. Si le Sud déploie ses visages solaires et ses lignes idéales signées Botticelli ou Léonard de Vinci, l’exposition prend toute sa force dramatique lorsqu’elle se cogne au réalisme cru, presque charnel, des maîtres du Nord. Ce choc frontal entre la grâce et l’âpreté transforme les galeries en un somptueux laboratoire du regard.

Le parcours nous plonge d’abord dans l’intimité des « Belles », là où l’apparence s’érige en responsabilité sociale et morale. On y découvre l’art de la sprezzatura, cette élégance suprême qui consiste à camoufler l’artifice des poudres de perles et des eaux distillées pour feindre une perfection naturelle. Mais le regard bifurque rapidement vers l’ombre, là où la laideur s’impose comme un prodigieux moteur de style. Des têtes grotesques et quasi scientifiques de Léonard aux satires mordantes des peintres flamands qui dissèquent le vice sur les visages, l’anomalie devient ici terriblement magnétique.

L’expérience culmine et s’achève sur le cynisme jubilatoire des couples mal assortis, où la jeunesse et la décrépitude s’entrechoquent comme de pures monnaies d’échange et de pouvoir. En nous confrontant à ces œuvres extraordinaires, dont certaines sont dévoilées pour la toute première fois en Belgique, BOZAR nous tend un miroir troublant. On en ressort avec une certitude : nos canons esthétiques contemporains sont les héritiers directs de ces tensions anciennes. Une exposition indispensable, qui donne une envie folle d’embrasser l’imperfection comme le plus beau des traits de caractère

Bellezza e Bruttezza. L’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance
BOZAR | Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
jusqu’au 14 juin 2026
En Savoir + : https://www.bozar.be/fr/expositions

Pipilotti Rist, Be Nice To Me (Flatten 04) extraite de Open My Glade (Flatten), 2000, installation vidéo de Pipilotti Rist (video still), exposition Picture Perfect, BOZAR, Bruxelles, 2026, (c) Pipilotti Rist / 2026, SABAM , Courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Pipilotti Rist, Be Nice To Me (Flatten 04) extraite de Open My Glade (Flatten), 2000, installation vidéo de Pipilotti Rist (video still), exposition Picture Perfect, BOZAR, Bruxelles, 2026, (c) Pipilotti Rist / 2026, SABAM , Courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
BOZAR | Picture Perfect : Briser le reflet de nos vanités

Si la Renaissance a inventé le canon esthétique, l’époque contemporaine l’a industrialisé. Avec l’exposition ‘Picture Perfect’, BOZAR prolonge magnifiquement son autopsie de l’apparence à travers l’objectif, des années 1970 à nos jours. Le contraste avec les maîtres anciens est saisissant : là où l’histoire cherchait une forme de vérité dans la laideur, notre ère numérique semble traquer le mensonge dans la perfection. Réunissant les œuvres fortes de 65 artistes venus de tous les continents, ce parcours exceptionnel dissèque la manière dont les écrans et les algorithmes ont piraté la perception de nous-mêmes.

Ici, le miroir ne réfléchit plus, il projette et dicte les normes. Au cœur de cette saturation visuelle, le travail iconique de Pipilotti Rist agit comme un véritable électrochoc : dans sa vidéo Open My Glade, l’artiste écrase son visage maquillé contre une vitre, déformant ses traits jusqu’à l’absurde. C’est la métaphore absolue de notre propre condition face aux écrans, celle d’un corps qui tente désespérément de briser la surface lisse et artificielle de l’image pour retrouver son épaisseur humaine. Face à cette perfection robotisée et étouffante, l’exposition devient le terrain d’une résistance salutaire.

Bien plus qu’un simple constat, ‘Picture Perfect’ offre une formidable émancipation. On y découvre comment l’art contemporain fait voler en éclats les carcans publicitaires et médiatiques pour libérer les corps. C’est la suite logique de notre voyage esthétique : après avoir compris comment nos miroirs ont été forgés, il est temps de voir comment les artistes les brisent pour retrouver une vérité plus brute. Dans ce déluge de clichés « parfaits », que reste-t-il de notre droit à l’imperfection ? Une exposition qui ne se regarde pas, mais qui nous regarde.

Picture Perfect. Beauty Through a Contemporary Lens
BOZAR | Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
Jusqu’au 16 août 2026
En Savoir + : https://www.bozar.be/fr/expositions

Lucienne Vandervinnen, Autoportrait, 1953, collection communale de Schaerbeek, modifiée par l’IA, design: signelazer.com, exposition collective Je Suis Là, ULB Bruxelles, Espace Vanderborght, (c) Lucienne Vandervinnen, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Lucienne Vandervinnen, Autoportrait, 1953, collection communale de Schaerbeek, modifiée par l’IA, design: signelazer.com, exposition collective Je Suis Là, ULB Bruxelles, Espace Vanderborght, (c) Lucienne Vandervinnen, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
ULB – Vanderborght | Je suis là : L’autoreprésentation entre art et validation

À l’Espace Vanderborght, ULB Culture déploie une réflexion percutante sur notre besoin viscéral, presque obsessionnel, de nous mettre en scène. L’exposition Je suis là orchestre un face-à-face saisissant entre l’histoire de l’art et nos pratiques numériques. La première partie du parcours retrace avec finesse l’évolution de l’autoportrait, depuis les règles de la peinture classique jusqu’aux vertiges de l’intelligence artificielle. Puis, le parcours bascule radicalement dans l’ère du smartphone et décortique le selfie comme le grand miroir de notre époque : un geste quotidien en quête de validation permanente, où l’addiction aux écrans et la commercialisation de notre propre image saturent notre rapport aux autres.

Au-delà de cette autopsie sociologique, c’est la dimension engagée du projet qui captive. L’exposition met magistralement en lumière le selfie comme un puissant outil de réappropriation intime et politique. Pour les femmes et les minorités, braquer l’objectif sur soi et dire « je suis là » devient un acte de résistance, une manière de s’extraire des cadres imposés pour exister enfin selon ses propres termes. En faisant dialoguer des pièces historiques issues de collections prestigieuses — comme celles du Musée de la Photographie de Charleroi — avec les propositions d’artistes émergents de la scène bruxelloise, l’événement nous rappelle que se mettre en scène, c’est avant tout se mettre en œuvre.

L’expérience se veut intensément vivante et interactive, refusant de laisser le visiteur simple spectateur. Au fil des dispositifs de miroirs, des jeux d’accessoires et des photomatons, l’Espace Vanderborght se transforme en un laboratoire immersif où chacun est amené à produire ses propres images pour questionner son reflet. C’est une invitation stimulante à reprendre le contrôle sur nos écrans, à démonter les mécanismes de notre propre mise en scène pour mieux s’en libérer. Une étape indispensable pour regarder, enfin, ce qui se cache derrière la surface lisse de nos profils connectés.

 

Je suis là. Se mettre en œuvre, de l’autoportrait au selfie
Espace Vanderborght, Bruxelles
Jusqu’au 31 mai 2026
En Savoir + : https://culture.ulb.be/fr/programmation/jsl

DAVID ALRMEJD & ANTOINE WIERTZ – LE SOUFFLE ET L’OMBRE

Paraître, Par Être & Disparaître. Deux trajectoires esthétiques qui ne se croisent habituellement jamais se répondent ici pour former un diptyque saisissant au sein des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Deux Bulles d’Art qui méritent qu’on s’attarde :  non une simple juxtaposition ; mais un dialogue entre l’émergence et la finitude, entre la construction de soi et la conscience de l’éphémère.

D’un côté, la force vitale de David Altmejd s’arrache au chaos pour enfin paraître. De l’autre, la beauté d’Antoine Wiertz, au sommet de son être, accepte de contempler son propre disparaître. Une invitation à explorer ce qui subsiste lorsque le regard s’attarde sur la vérité de la matière.

Faites une pause : [Découvrez mes Bulles d’Art pour un décryptage d’œuvre d’art qui revient à l’essentiel.]

 

David Altmejd, Sans Titre #12, Bodybuilders, acquis par les Amis des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 2015, (c) photo J. Geleyns - Art Photography, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombarstic Art Magazine
David Altmejd, Sans Titre #12, Bodybuilders, acquis par les Amis des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 2015, (c) photo J. Geleyns – Art Photography, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombarstic Art Magazine
David Altmejd : De la matière brute à l’émergence de la beauté

Dans l’atrium des Musées royaux, une présence colossale s’impose avec l’urgence d’une naissance. ‘Untitled 12 (Bodybuilders)’ de David Altmejd n’est pas une simple sculpture, mais le théâtre d’une métamorphose absolue où la matière s’organise pour laisser éclore la grâce. Initialement conçue pour l’exposition 2050. Brève histoire de l’avenir — inspirée par l’essai de Jacques Attali —, cette œuvre monumentale saisit le visiteur par sa matité crayeuse. Face à ce géant de plâtre, l’œil assiste en direct à l’instant précis où l’informe s’efface devant le sublime.

Ce titan ne se contente pas de poser ou de marcher ; il s’agit d’une élévation pure, d’un corps qui s’extrait laborieusement de la matière brute qui le compose pour enfin amorcer sa marche vers une émergence de beauté. L’artiste procède par extraction et soustraction : en taillant à même le polystyrène et les débris, il laisse visibles les stigmates d’une auto-création radicale où la masse s’ordonne pour conquérir son identité. Au sommet, le visage est bordé d’une couronne de mains sculptant une destinée à partir de sa propre mémoire. Par cet effort et cette volonté créatrice, ce colosse en mutation s’élève comme une puissante métaphore de l’identité européenne : une forme qui se bâtit, lutte et se réinvente sans cesse.

Le regard est emporté par le mouvement ascensionnel de la sculpture, le long d’un crescendo de lumière. Si la base conserve la lourdeur de la gangue industrielle, la forme se discipline à mesure que le titan s’élève vers l’avenir. Des éclats de miroirs incrustés capturent la lumière zénithale de la verrière bruxelloise, agissant comme des parcelles de conscience qui illuminent ce corps en devenir. Sous l’atrium, ce titan incarne le triomphe de la vitalité et nous rappelle que la beauté est un acte de résistance poétique : une extraction de notre propre argile pour enfin naître au sublime. Une confrontation physique et spectaculaire, à vivre absolument au cœur du musée.

David Altmejd, Sans Titre #12, Bodybuilders
Atrium des Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles
En Savoir + : https://fine-arts-museum.be/fr

 

Antoine Wiertz, La belle Rosine, 1847, Musée Wiertz, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, (c) photo d'art Speltdoorn & Fils, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Antoine Wiertz, La belle Rosine, 1847, Musée Wiertz, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, (c) photo d’art Speltdoorn & Fils, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Antoine Wiertz : La belle Rosine ou le miroir aux vanités

Au cœur du XIXe siècle belge, Antoine Wiertz sonde les abîmes là où d’autres se contentent de la surface. Avec La belle Rosine (1847), aussi intitulée Deux jeunes filles, il livre un manifeste du romantisme noir où la beauté n’est plus une parure, mais une condamnation. Dans ce face-à-face brutal, une jeune femme à la nudité sculpturale braque son regard sur un squelette suspendu. Ce n’est pas une simple leçon de morale : c’est un miroir absolu. Se regarder, c’est ici embrasser sa propre laideur future, déceler dans la translucidité de la peau le passage du temps et l’inéluctable décrépitude que l’on tente, en vain, de tricher par les perles, les fleurs ou le fard.

Wiertz transforme le motif de La Jeune Fille et la Mort en une scène de théâtre métaphysique où la chair Rubensienne, vibrante et lumineuse, vient s’échouer contre l’aridité de l’os. Le génie subversif éclate dans ce détail sacrilège : l’étiquette « La belle Rosine » fixée sur le crâne anonyme. Ce geste renverse l’existence même : Rosine n’existe, ne « paraît », que parce que le squelette porte son nom. En invoquant la célèbre Malibran, éternelle Rosine du Barbier de Séville prématurément fauchée, l’artiste transforme un déchet anatomique en une icône de mode déchue. Le squelette devient le sujet, et la vivante n’est plus que son ombre provisoire.

L’atelier -musée devient le lieu d’une paisible fatalité. Entre les moulages et le chevalet, Rosine incarne cette seconde où l’on cesse de simplement paraître pour exister par l’être, dans la pleine conscience de son disparaître. À droite de la toile, l’aphorisme « faire bien n’est qu’une question de temps » souligne l’ironie du peintre face à l’éphémère. Sous le regard de Thanatos, la beauté se révèle pour ce qu’elle est : une performance tragique, une extraction de lumière qui, à peine née, entame déjà sa chute vers l’ombre portée de son propre néant.

 Antoine Wiertz, La belle Rosine
Musée Wiertz, Bruxelles
En Savoir + : https://fine-arts-museum.be/fr/les-musees/le-musee-antoine-wiertz

A VOS AGENDAS

Parce que la réflexion sur l’image ne s’arrête pas aux portes de l’été, notez déjà ce grand rendez-vous de l’automne pour une escapade liégeoise. Dès le mois d’octobre, la Biennale de l’Image Possible s’empare de la ville pour ausculter nos faux-semblants : une effervescence urbaine qui pousse le miroir et le jeu des apparences directement au rythme de la rue.

Retrouvez les dates et événements clés de la saison dans notre [Agenda des arts plastiques et visuels à Bruxelles].

 

BIP 2026, Biennale de l'Image Possible 2026, Liège, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
BIP 2026, Biennale de l’Image Possible 2026, Liège, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
BIP 2026 : Miroir, miroir : le laboratoire des apparences

Pour sa 14e édition, la Biennale de l’Image Possible s’empare de Liège avec une thématique en forme de défi : « MIROIR MIROIR ». Oubliez le narcissisme lisse des écrans. Du 17 octobre au 13 décembre 2026, l’événement transforme la ville en un laboratoire visuel brut et immersif.

Coïncidant avec les 200 ans de la photographie, le parcours explore la dualité du médium : miroir de soi jusqu’au vertige, ou fenêtre ouverte sur l’autre et l’étranger. C’est au cœur des Chiroux — ancienne bibliothèque des années 70 et icône brutaliste désaffectée — que bat le pouls de cette édition. Au programme : une grande galerie de portraits internationaux, un focus percutant sur la post-vérité orchestré par une jeune garde de curateurs européens, et les dix talents émergents de l’exposition .tiff du FOMU.

Avec son festival OFF qui contamine toute la cité ardente, cette déambulation impose une véritable « esthétique de la vigilance ». Un face-à-face urbain indispensable pour traverser la surface, bousculer les faux-semblants et saisir la puissance des images qui nous cernent.

BIP 2026 – Miroir Miroir
du 17 octobre au 13 décembre 2026
En Savoir + : https://bip-liege.org/fr/exhibition/bip2026-2/

LE CORPS SCENARISE – LA FABRIQUE DU SIMULACRE

Quitter la surface de l’écran : ici, le corps se fait acteur et devient le matériau ultime d’une mise en scène totale. Qu’il s’approprie les codes du glamour hollywoodien, rejoue un fait divers au cœur du salon ou s’exécute devant l’objectif froid de la police judiciaire, le sujet s’efface toujours derrière sa doublure. C’est une traversée théâtrale, un véritable jeu de masques où le corps s’avance dans la foule pour faire surgir l’énergie brute derrière l’enveloppe sociale.

À lire aussi : Envie d’ailleurs ? Retrouvez mes récits de voyage et mes découvertes au fil de mes [escapades d’art en Belgique et en Europe].

 

Brice Dellsperger, Body Double 41, 2026. Video stills, avec Jean Biche et Sara Forever, 5 films synchronisés 2K, couleur, son. exposition Le Cours des Choses, MRAC - Musée Régional d'Art Contemporain Occitanie, 2026, (c) Brice Dellsperger, (c) photo courtesy MRAC Occitanie, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Brice Dellsperger, Body Double 41, 2026. Video stills, avec Jean Biche et Sara Forever, 5 films synchronisés 2K, couleur, son. exposition Le Cours des Choses, MRAC – Musée Régional d’Art Contemporain Occitanie, 2026, (c) Brice Dellsperger, (c) photo courtesy MRAC Occitanie, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
FRAC & MRAC Occitanie | Brice Dellsperger | Glamour et doublures : la fabrique du paraître

Depuis trente ans, Brice Dellsperger déploie avec sa série Body Double une relecture habitée du cinéma par le prisme du travestissement. En s’appropriant tous les rôles de scènes cultes — de Brian De Palma à Hitchcock — l’artiste transforme son propre corps en une matière plastique malléable. Sous les couches de maquillage, le processus technique du loop (la boucle vidéo) cadence ces métamorphoses permanentes, faisant de chaque plan une réflexion sur la construction de la beauté. Ici, se « faire beau » n’est plus un simple apprêt, mais une performance où le corps est sculpté pour devenir une image parfaite, quitte à s’effacer derrière son propre double.

L’exposition « Boucles, bricoles et miroirs » au FRAC de Montpellier dévoile justement l’envers du décor : ces inventions de backstage et assemblages de fortune (perruques, fonds verts, prothèses) nécessaires à la fabrique du paraître. En parallèle, au MRAC de Sérignan, l’installation « Biche et Sara dans Le Cours des choses >> » nous plonge dans une esthétique saturée, inspirée par les célèbres « catfights » de la série Dynasty. En faisant interpréter ces joutes féminines par des hommes aux silhouettes glamourisées, Dellsperger souligne le caractère baroque de nos codes esthétiques, où la rivalité et la quête de perfection se transforment en un pur simulacre visuel.

Cette double escale occitane offre une réflexion nécessaire sur la manière dont nous consommons les images. En observant ces métamorphoses qui se démultiplient et se réinventent à l’infini dans la répétition du montage, on saisit que la beauté est un théâtre de chaque instant, un jeu de miroirs où l’on finit par jouer son propre rôle comme une fiction. Une invitation audacieuse à traverser le miroir pour embrasser la multiplicité de nos identités

Brice Dellsperger
‘Boucles, Bricoles et Miroirs’
FRAC – Fond Régional d’Art Contemporain – Occitanie, Montpellier
Jusqu’au 05 septembre 2026
Biche et Sara dans ‘Le Cours des choses’
MRAC – Musée Régional d’Art Contemporain – Occitanie, Sérignan
Jusqu’au 30 août 2026
En savoir + : FRAC Occitanie | MRAC Occitanie

 

 

2315 - Reconstitution d’un meurtre Rue des Lilas 3, Ougrée14 octobre 1938, exposition De Beaux Assassinats, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) Archives de l’État à Liège, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
2315 – Reconstitution d’un meurtre Rue des Lilas 3, Ougrée14 octobre 1938, exposition De Beaux Assassinats, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) Archives de l’État à Liège, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
Musée de la Photographie | De beaux assassinats : la justice fait son cinéma

L’exposition ‘De beaux assassinats’ nous projette dans l’œil froid de la police judiciaire de Liège des années 1920 et 1930. Ici, la scène de crime s’extrait du sordide pour devenir un plateau de tournage d’une rigueur plastique absolue. Dans ce théâtre d’ombres, l’assassin est réduit à son geste : incarné par des doublures de circonstance — suspects, témoins ou enquêteurs — il rejoue la tragédie pour l’objectif. À travers des épreuves sur plaques de verre anti-halo, chaque posture est sculptée par l’usage brutal du magnésium, transformant le suspect en un acteur de son propre crime au sein d’un Cluedo documentaire fascinant.

Si ce sujet s’impose dans notre agenda, c’est qu’il interroge cette mécanique où le corps est apprêté  pour devenir une preuve visuelle. Dans ce jeu d’acteurs involontaire, l’image agit comme un substitut du réel : elle ne se contente pas de documenter, elle stylise le chaos pour le rendre lisible. On y découvre comment le regard judiciaire, par ses cadrages au grand angulaire, finit par transfigurer l’horreur brute en une archive d’une beauté glacée. Cette esthétisation du crime, née d’une nécessité technique, transforme la violence en une figure chorégraphique figée pour l’éternité.

Une étape essentielle à Charleroi pour saisir comment le regard peut ‘faire beau ‘ le tragique sans le trahir. En prenant le temps face à ces archives de l’État, on réalise que la quête de la forme parfaite persiste jusque dans les circonstances les plus sombres. Une invitation à contempler l’éclat là où la mort même se fait mise en scène.

De beaux Assassinats | Archives de la Police Judiciaire
Musée de la Photographie, Charleroi
Jusqu’au 17 mai 2026
En Savoir + : https://museephoto.be/

Bachelot & Caron, Romeo & Juliette, 2011, exposition Porcelaine et Faits divers, BPS22, Charleroi, 2026, (c) Bachelot & Caron, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Bachelot & Caron, Romeo & Juliette, 2011, exposition Porcelaine et Faits divers, BPS22, Charleroi, 2026, (c) Bachelot & Caron, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Bachelot & Caron | Petits meurtres en famille : quand le crime s’invite au salon

Bien que ses portes se soient refermées récemment au Musée de la Photographie de Charleroi, l’exposition ‘Porcelaine et faits divers’ au BPS 22 hante encore cet agenda par son lien direct avec les archives de la PJ. On y respire un parfum d’Arsenic et Vieilles Dentelles : une odeur de thé Earl Grey mêlée au cyanure, où le drame se niche dans les replis de la respectabilité bourgeoise. C’est le choc brutal et ironique entre la finesse d’un service de table et l’impudeur d’une trace de sang sur le tapis.

Ici, la reconstitution de meurtre n’est plus un constat de police, c’est une performance dominicale. Durant près de vingt ans, le duo Bachelot & Caron a aboli la distance entre l’objectif et l’intime pour alimenter le magazine Le Nouveau Détective. Métamorphosant leur propre maison-atelier en un inépuisable plateau de tournage, ils ont fourni couvertures chocs et illustrations en faisant poser femme, enfants, voisins et amis dans une effrayante proximité. Chacun s’apprête et se fait ‘beau’ pour le flash : entre la porcelaine et le goûter, l’épouse devient une doublure tragique — victime d’un Sale Coup ou du Petit Marteau rouge — tandis que les enfants, le visage pétrifiés, rejouent pour l’objectif ces faits divers qui ensanglantent les pages des magazines.

Le flash cru agit comme un révélateur, transmutant le banal en décor de polar pour figer la scène dans une dimension quasi picturale, entre photographie et peinture. Ce jeu d’acteurs ne documente pas le réel : il le stylise pour la consommation de masse, transformant le fait divers en une nature morte, un exercice de style où la quête de l’image choc dicte sa propre esthétique. Boucler notre parcours à Charleroi, c’est admettre que le corps reste le matériau ultime de toutes les métamorphoses, un théâtre permanent où la mort, une fois apprêtée, accède à une beauté glacée.

Bachelot & Caron
Porcelaine et Faits divers
BPS22, Musée d’Art de la Province du Hainaut, Charleroi
Exposition terminée
En Savoir + : https://www.bps22.be/fr/expositions/bachelot-caron

 

André Cervera, La Rue des Fous, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi Belle | Beau
André Cervera, La Rue des Fous, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi Belle | Beau
Musée Paul Valéry | André Cervera : l’art de la collision

Sous le soleil de Sète, le Musée Paul Valéry accueille « Carambolages », une traversée magistrale dans l’univers d’André Cervera. Enfant de Sète et héritier de la Figuration Libre, Cervera déploie une peinture pulsionnelle, structurée en trois chapitres : Fictions de Sète, Territoires de l’imaginaire et Peintures d’histoire. Ici, l’esthétique de la beauté est abordée sous l’angle d’un « expressionnisme latin » qui privilégie l’énergie vitale et le mélange des cultures. Pour ce peintre-voyageur, la beauté naît de l’art de la collision — un choc visuel entre l’intime et l’universel, où des techniques brutes comme l’enterrement des toiles créent une sédimentation de la matière vivante.

La récurrence du masque, véritable «gimmick» depuis son voyage fondateur en Afrique en 1995, devient le pivot de cette réflexion. Inspiré par l’art dogon et les rituels rencontrés au Mali ou au Sénégal, Cervera utilise le masque pour bousculer la représentation académique. Ce motif traduit une dualité troublante, oscillant entre le jour et la nuit, rendant impossible la fixation d’une identité unique.

Dans cette mascarade aux accents de Commedia dell’Arte, la peinture devient un rituel chamanique où le masque fait surgir « l’autre en soi ». Les visages grimaçants, qui rappellent l’influence de James Ensor et le goût du grotesque, transforment ses scènes en théâtres de l’absurde. C’est un basculement radical par rapport aux codes de l’apparence : l’artiste orchestre des collisions de formes pour faire surgir l’énergie intérieure plutôt que l’enveloppe sociale. Ses œuvres nous invitent à percevoir enfin l’incarnation brute, bien au-delà du visible.

>>> Lire la chronique complète sur Boombartstic Art Magazine

André Cervera
‘Carambolages’
Musée Paul Valéry, Sète (France)
Jusqu’au 07 juin 2026
En Savoir + : https://museepaulvalery-sete.fr/

 

CORPS & MATIERE, LA SCULPTURE A L’ETAT BRUT

Entrer dans le vif de la matière : ici, la sculpture s’affranchit des canons lisses pour devenir un parcours à vivre à fleur de peau. Un voyage sensoriel qui bouscule nos certitudes sur le beau et le laid pour chercher la vérité des corps.

Plomb massif, fer éclaté, bois totémique ou bronze patiné : on explore tous les états de la forme, du vide habité à l’hybridité radicale, du non-finito là où la chair semble s’extraire de la roche jusqu’au fragment qui prend vie. Une déambulation puissante où le volume impose sa force et son énergie brute.

 

Antony Gormley, Attend, exposition Geestgrond, KMSKA - Musées des Beaux-Arts d'Anvers, 2026, (c) Antony Gormley, (c) photo Stephen White & Co, Agenda Boombartstic mai 2026 - fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
Antony Gormley, Attend, exposition Geestgrond, KMSKA – Musées des Beaux-Arts d’Anvers, 2026, (c) Antony Gormley, (c) photo Stephen White & Co, Agenda Boombartstic mai 2026 – fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
KMSKA | Antony Gormley | Geestgrond : l’esthétique de l’incarnation

À Anvers, les nouveaux espaces monumentaux du KMSKA, éclatants d’une blancheur absolue et baignés d’une lumière zénithale, deviennent le théâtre d’une confrontation physique radicale sous le commissariat de Carolyn Christov-Bakargiev. Le titre de l’exposition d’Antony Gormley, ‘Geestgrond’, renvoie à cette terre sablonneuse et ancienne des Pays-Bas — un sol sédimentaire qui devient le socle d’une remise en question brutale des canons classiques.

Dès l’entrée, au cœur de cet écrin immaculé qui isole les formes pour mieux les révéler, le projet se cristallise dans un face-à-face saisissant avec une figure d’homme debout en polystyrène rongée par le métal fondu. Cette présence colossale, directement moulée sur le propre corps de l’artiste, n’est pas une représentation à contempler, mais une architecture en décomposition : une structure mise à nu qui dévoile son propre procédé de création et ramène la sculpture à sa vérité brute.

À travers ce géant né de la rencontre entre la pensée et le comportement de la matière, Gormley définit le sujet unique de son travail : qu’est-ce qu’habiter un corps ? L’artiste refuse le réalisme anatomique et l’expressivité dramatique pour imposer une présence pure, dont la chair s’efface devant l’expérience de l’espace. Fortement imprégné par sa pratique de la méditation, il envisage l’enveloppe humaine comme un vase vide, un réceptacle anonyme qui matérialise l’espace intérieur. Dans la solitude introspective de ce vide monumental et blanc, le visiteur est invité à faire silence, à se délester de la pensée pour n’être qu’une force corporelle présente à elle-même dans un lieu donné.

Cette démarche marque un basculement philosophique majeur, où la perception de la statue se fonde sur l’être et non plus sur l’observation. Gormley brise la vision rationnelle d’un sujet souverain qui regarde le monde à ses pieds ; il revient à une subjectivité radicale, au moment précis où l’on ressent sa propre vie de l’intérieur. Face à la statuaire historique du musée, son œuvre agit comme un événement spatial qui nous rend plus alertes à notre propre présence physique. Dans une époque dominée par le virtuel, cette expérience s’impose comme un acte de résistance poétique, une invitation à reconsidérer notre enveloppe non plus comme une image fixe, mais comme une demeure interconnectée avec l’univers.

Antony Gormley
‘Geestgrond’
KMSKA – Musée Royal des Beaux-Arts, Anvers
du 23 mai au 20 septembre 2026
En Savoir + : https://kmska.be/fr/

Martial Raysse, La surface des Eaux, 2009, Graphite, aquarelle, papier, bois et miroir, 40 x 22 x 11 cm, Collection Fonds de Dotation Martial Raysse, exposition D'Une Flèche mon Cœur percé, Musée Magnelli, musée de la céramique, Vallauris, France, (c) ADAGP, Paris, 2026, agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | beau,
Martial Raysse, La surface des Eaux, 2009, Graphite, aquarelle, papier, bois et miroir, 40 x 22 x 11 cm, Collection Fonds de Dotation Martial Raysse, exposition D’Une Flèche mon Cœur percé, Musée Magnelli, musée de la céramique, Vallauris, France, (c) ADAGP, Paris, 2026, agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | beau,
Musée Magnelli | Martial Raysse vs Anton Prinner : l’hybridité face au totémisme

À Vallauris, le Musée Magnelli – musée de la céramique orchestre une rencontre au sommet entre les statues de Martial Raysse et l’œuvre singulière d’Anton Prinner. Pour Raysse, cet enfant du pays né à Golfe-Juan, l’exposition ‘D’une flèche mon cœur percé’ de Raysse marque un tournant vers une beauté classique hybridée. Loin de l’artifice plastique de sa période Pop, ses sculptures actuelles recherchent une ‘vérité de la beauté’ à travers un dialogue renoué avec l’histoire de l’art. Il revendique d’ailleurs l’appellation de ‘statues’ pour inscrire ses bronzes à la cire perdue dans une filiation historique, tout en y injectant une poésie humaniste qui incarne les angoisses et la grâce de la condition humaine.

Dans les salles du musée, ces œuvres dialoguent avec les figures hiératiques d’Anton Prinner, dont l’évolution stylistique témoigne d’une quête de complétude. De la rigueur géométrique de sa période constructiviste des années 30 à l’apparition d’un idéal d’androgynie mystique après son passage par le surréalisme, Prinner a cherché à réunifier le corps au-delà des dualités. Ses silhouettes lisses et stylisées, inspirées par l’Égypte antique, répondent à une vision platonicienne de la plénitude originelle.

Nous sommes ici face à un basculement fascinant : chez Raysse, l’hybridité radicale confronte la noblesse du bronze patiné à des éléments triviaux — une guirlande lumineuse ou une carte bancaire — tandis que chez Prinner, le sacré s’exprime dans l’épure d’une sensualité froide et ésotérique.

Cette confrontation inédite interroge la persistance du sujet humain à travers les matériaux et les échelles. Du mélange des genres de Raysse, qui joue sur les contrastes entre figurines de rebut et statues monumentales, au silence des totems de Prinner — surnommé « le pic-vert » par Picasso pour ses bois sculptés — l’exposition transforme la visite en une expérience de sédimentation artistique. Comment insuffler une vie propre à la matière ? En franchissant les portes du Musée Magnelli, le visiteur découvre comment ces deux bâtisseurs parviennent, chacun à leur manière, à transformer le corps et le relief en une icône vivante et universelle

Martial Raysse
‘D’une Flèche, mon Cœur percé’, statues
du 13 juin au 28 septembre 2026
Anton Prinner
‘Le Sol pour Plafond’
du 04 juillet au 28 septembre 2026
Musée Magnelli – Musée de la Céramique, Vallauris (France)
En Savoir + : Musée Magnelli – Musée de la Céramique

 

 

vue de l'atelier d'Anton Prinner (1902–1983), exposition Le Ciel pour Plafond, Musée Magnelli - musée de la céramique, Vallauris, France, 2026, (c) Anton Prinner, (c) photo courtesy Musée Magnelli, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
vue de l’atelier d’Anton Prinner (1902–1983), exposition Le Ciel pour Plafond, Musée Magnelli – musée de la céramique, Vallauris, France, 2026, (c) Anton Prinner, (c) photo courtesy Musée Magnelli, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine

 

Vue de l'exposition Michel-Ange - Rodin, Corps vivants, Musée du Louvre, Paris, 2026, (c) photo Musée du Louvre - Ravith Trinh, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Vue de l’exposition Michel-Ange – Rodin, Corps vivants, Musée du Louvre, Paris, 2026, (c) photo Musée du Louvre – Ravith Trinh, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Musée du Louvre | Michel-Ange vs Rodin : la beauté dans la tourmente

Sous la pyramide, le Hall Napoléon devient le théâtre d’une confrontation historique entre deux géants de la sculpture occidentale. L’exposition ‘Corps vivants’ ne se contente pas de lister des influences ; elle fait dialoguer plus de 200 œuvres pour explorer une ambition commune : rendre visible l’énergie intérieure du corps. Pour Michel-Ange comme pour Rodin, la figure humaine n’est jamais une forme statique, mais une enveloppe soumise à la tension, une matière vibrante où la peau devient la frontière entre l’âme et le monde extérieur.

Le parcours met en lumière le choc esthétique ressenti par Rodin lors de son voyage séminal en Italie en 1875. C’est à cette période qu’il découvre la puissance du maître de la Renaissance, un véritable catalyseur qui l’aide à se libérer des carcans du réalisme académique. On y découvre comment l’esthétique du ‘non-finito’ de Michel-Ange — ces œuvres où le personnage semble lutter pour s’extraire du bloc de marbre — a ouvert la voie à la modernité de Rodin. Chez ce dernier, le modelage devient plus nerveux, mais la quête reste identique : saisir le mouvement à l’état pur à travers la dynamique des muscles et la torsion dramatique des bustes.

Cette rencontre souligne enfin une rupture fondamentale dans la perception de la beauté. Si Michel-Ange ancre ses corps dans une perfection anatomique souvent divine, Rodin radicalise l’héritage en prouvant que le fragment — un torse isolé, une main — possède sa propre complétude et peut constituer une œuvre d’art à part entière. Entre les silhouettes puissantes du Louvre et les plâtres exaltés du Musée Rodin, le visiteur observe ce basculement où la sculpture cesse d’être une représentation idéale pour devenir une force organique brute. C’est une immersion rare dans le processus créatif de deux bâtisseurs de génie qui ont, à trois siècles d’intervalle, réinventé notre regard sur l’humain.

 

Michel-Ange | Rodin
‘Corps vivants’
Musée du Louvre, Paris
Jusqu’au 20 juillet 2026
En Savoir + : https://www.louvre.fr

À lire aussi : Envie d’ailleurs ? Retrouvez mes récits de voyage et mes découvertes au fil de mes [escapades d’art en Belgique et en Europe].

IDENTITES & FANTASMES – DE L’EFFACEMENT AU MANIFESTE DE SOI

Sortir de l’amnésie, court-circuiter les clichés ou réparer l’histoire : quand l’art devient le terrain d’une reconquête. Un voyage intime et politique qui bouscule nos certitudes sur le corps et le genre. Ici, des femmes artistes des anciens Pays-Bas se représentent pinceau à la main et affirment leur statut d’artistes.

La figure de l’odalisque s’extrait de son décor exotique pour déconstruire un fantasme occidental. Les premiers homosexuels — hommes et femmes — bousculent les codes, faisant surgir une visibilité émergente à travers une esthétique nouvelle

 

Judith Leyster, Autoportrait, vers 1630, National Gallery of Art, Washington, DC, Etats-Unis, exposition Inoubliables, MSK Gent - Musée des Beaux-Arts de Gand, 2026, (c) photo courtesy MSK, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
Judith Leyster, Autoportrait, vers 1630, National Gallery of Art, Washington, DC, Etats-Unis, exposition Inoubliables, MSK Gent – Musée des Beaux-Arts de Gand, 2026, (c) photo courtesy MSK, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, beau, Boombartstic Art Magazine
MSK Gent | Inoubliables : le manifeste des maîtres au féminin

Avons-nous sciemment laissé la poussière du temps recouvrir la moitié du génie artistique ? En franchissant le seuil de l’exposition ‘Inoubliables’ au MSK Gent – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Gand, le constat claque comme une évidence : il ne s’agit pas d’une simple rétrospective, mais d’une opération de sauvetage historique. Tandis que les noms de Rubens ou Rembrandt saturent nos mémoires, cette exposition — co-produite avec le NMWA de Washingtonramène dans la lumière plus de quarante créatrices qui ont fait vibrer les anciens Pays-Bas entre 1600 et 1750. Portée hors les murs par une campagne aux slogans percutants (« Les maîtres anciens étaient aussi des femmes »), l’institution bouscule le passant et le confronte directement aux lacunes du canon classique.

L’image qui ouvre ce plaidoyer est un coup d’éclat. En se figeant face au chevalet, pinceau et palette au poing, le regard rivé sur le nôtre, Judith Leyster n’adopte pas une pose : elle signe un manifeste. Cet autoportrait, regard frontal, pinceau à la main face à sa toile est un acte de résistance pure, une revendication d’autorité professionnelle dans un siècle qui préférait les femmes en muses silencieuses. Ici, l’exposition pulvérise les clichés : non, ces artistes ne se sont pas contentées de ‘jolies fleurs’ : elles ont investi la prestigieuse peinture d’histoire, la sculpture, et ont élevé la dentelle ou le papier découpé au rang de médiums de haute voltige.

Le parcours nous entraîne des espaces domestiques aux réseaux commerciaux mondiaux. Car ces femmes étaient des stratèges, des entrepreneuses gérant des carrières internationales. Prendre le temps du regard, c’est ici réaliser comment l’histoire a organisé leur effacement par des attributions masculines opportunistes ou la relégation des toiles dans les réserves. Inoubliables nous force à sortir de l’amnésie collective pour contempler enfin ces visages qui, par-delà les siècles, nous fixent avec une légitimité absolue. Une étape capitale pour saisir que la beauté, pour être entière, doit enfin être juste.

 

‘Inoubliables’
Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam entre 1600 et 1750
MSK – Musée des Beaux-Arts, Gand
Jusqu’au 31 mai 2026
En Savoir + :  https://www.mskgent.be/fr

Jean-Auguste Dominique Ingres, Tête de la Grande Odalisque, sans date, huile sur toile, 53,5  x 43,8 cm, musée des Beaux-Arts de Cambrai, dépôt du musée du Louvre, Paris, département des Peintures, (c) Grahal / Franck Beaucourt, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Jean-Auguste Dominique Ingres, Tête de la Grande Odalisque, sans date, huile sur toile, 53,5  x 43,8 cm, musée des Beaux-Arts de Cambrai, dépôt du musée du Louvre, Paris, département des Peintures, (c) Grahal / Franck Beaucourt, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Louvre-Lens | Par-delà les 1001 nuits : l’odalisque ou la fabrique du fantasme

Au Louvre-Lens, l’exposition ‘Par-delà les Mille et une nuits. Histoires des orientalismes’ déploie une traversée de 300 chefs-d’œuvre pour déconstruire une fascination séculaire. Sous le commissariat d’Élyse Topalian et Hanna Baudet, le parcours interroge la manière dont l’Orient a été rêvé et mis en images par l’Europe, faisant de la figure de l’odalisque la porte d’entrée idéale pour analyser nos stéréotypes. Bien loin de la réalité historique de la servante du sérail (odalık), l’image que l’Occident a façonnée, de Delacroix à Matisse, est celle d’un idéal de beauté purement imaginaire.

La Grande Odalisque d’Ingres incarne à elle seule ce laboratoire du fantasme. Dans ce chef-d’œuvre, l’idéal de beauté prime sur l’anatomie réelle : le peintre n’hésite pas à sacrifier la vérité physique à la grâce, ajoutant trois vertèbres à son modèle et allongeant ses membres pour atteindre une abstraction géométrique harmonieuse. Ici, l’enjeu esthétique est celui d’un basculement vers une beauté d’apparence et de décor. Le corps féminin est érigé en paysage exotique, une altérité lointaine indissociable de son environnement de soies et de tapis. Cette vision s’appuie sur une passivité absolue : une beauté au repos dont la lascivité suggère une disponibilité totale pour le regard.

Face à ce corps-décor, l’exposition propose les contrepoints contemporains de Zineb Sedira ou de Kader Attia. Leurs œuvres bousculent ces certitudes et brisent le miroir de cette beauté prisonnière du mirage occidental. Prendre le temps du regard, c’est ici traverser la surface lisse et figée de l’odalisque pour percevoir enfin l’incarnation derrière le cliché. En opposant les maîtres académiques aux artistes actuels, le Louvre-Lens nous invite à regarder au-delà du fantasme, là où l’illusion laisse place à la réalité de l’être.

‘Par-delà les Mile et Une Nuits | Histoires des Orientalismes’
Musée du Louvre – Lens
Jusqu’au 20 juillet 2026
En Savoir + : https://www.louvrelens.fr

Gustave Courtois (1852–1923), Portrait de Maurice Deriaz, 1907, Huile sur toile, 96 x 64 cm, (c) Commune de Baulmes, exposition The First Homosexuals - La naissance de nouvelles identités 1869–1959, Kunstmuseum, Bâle, Suisse, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Gustave Courtois (1852–1923), Portrait de Maurice Deriaz, 1907, Huile sur toile, 96 x 64 cm, (c) Commune de Baulmes, exposition The First Homosexuals – La naissance de nouvelles identités 1869–1959, Kunstmuseum, Bâle, Suisse, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Kunstmuseum Basel | The First Homosexuals : l’esthétique d’une identité en mouvement

Le Kunstmuseum Basel – Musée des Beaux-Arts de la ville de Bâle (Suisse) frappe fort avec ‘The First Homosexuals’, une traversée visuelle de la période 1869-1939. Tout part d’un séisme sémantique : 1869, l’année où le mot « homosexuel » est imprimé pour la première fois. Mais au-delà de la philologie, c’est l’acte de naissance d’une esthétique de la visibilité que l’exposition met en scène. À travers 80 œuvres, on découvre comment une minorité a utilisé l’art pour s’inventer un visage, transformant le secret des alcôves en une puissance plastique capable de bousculer les normes de la beauté.

Le parcours explore avec brio cette naissance par l’image à travers des esthétiques de conquête très différenciées. Pour les hommes, le « beau » s’appuie sur un détournement des codes classiques : en s’appropriant le néoclassicisme et la statuaire grecque, les artistes ont créé un bouclier esthétique permettant de célébrer le désir masculin sous le voile de la noblesse académique. À l’inverse, chez les femmes, la beauté se loge dans la subversion radicale : l’esthétique des années 20 et 30 impose l’élégance garçonne et l’androgynie, où le costume et les cheveux courts deviennent les outils d’une force et d’une fluidité nouvelles, à l’image des clichés protecteurs et rebelles du Darned Club.

Cette révolution formelle ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe. L’exposition analyse finement les imbrications coloniales, révélant comment l’homophobie fut instrumentalisée comme outil de domination. Face à cela, des artistes du Mexique au Sri Lanka — comme Lionel Wendt ou Saturnino Herrán — ont riposté par des contre-images monumentales, rejetant les stéréotypes raciaux pour affirmer une beauté souveraine au croisement de la modernité et des racines locales. Un rendez-vous essentiel pour comprendre comment, par la force du style, le désir a fini par conquérir sa place dans le grand récit de l’histoire de l’art.

‘The First Homosexuals’
La naissance de nouvelles identités 1869–1959
Kunstmuseum, Bâle (Suisse)
Jusqu’au 02 août 2026
En Savoir + : https://kunstmuseumbasel.ch/fr/expositions/2026/the-first-homosexuals

 

GALERIES – LE CORPS, PORTRAIT DE L’INTIME

Franchir le seuil des galeries, c’est accepter une mise à nu. Loin de la théâtralisation du « moi » et des filtres numériques, le corps s’y dévoile dans sa vulnérabilité absolue, devenant le réceptacle de nos récits privés.

De l’autoreprésentation sans fard de Joan Semmel (Xavier Hufkens) aux figures secrètes à fleur de peau de Clément Bataille (DS Galerie), de Rodolphe Janssen et d’EDJI, jusqu’aux visages en mutation de Jérôme Zonder (Galerie Nathalie Obadia), les artistes bousculent la pose. Un parcours épidermique où la surface vacille, transformant chaque œuvre en un bouleversant portrait de l’intime.

À lire aussi : Retrouvez mes chroniques et mes coups de cœur au fil des [galeries d’art à Bruxelles].

 

Clément Bataille, Station 4 - La Rencontre de la Mère (Portrait de Louise), 2026, exposition Lama Sabachthani, DS Gallery, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Clément Bataille & DS Gallery, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Clément Bataille, Station 4 – La Rencontre de la Mère (Portrait de Louise), 2026, exposition Lama Sabachthani, DS Gallery, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Clément Bataille & DS Gallery, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
DS Gallery | Clément Bataille : La peau, ultime station du sacré

À la DS Gallery, Clément Bataille opère un détournement magistral : il s’empare du chemin de croix pour ausculter, station après station, la mise à nu de l’intime. Dans ce corps-à-corps avec la matière, le soin porté à la représentation de l’autre devient un geste de dévotion pure. Ici, la peau n’est jamais un idéal lisse ; elle est une surface vibrante, moite, où la beauté s’arrime à la vulnérabilité de l’attente. Avec ‘Lama Sabachthani’ (Pourquoi m’as-tu abandonné ?), l’artiste saisit ce point de bascule universel : ce moment où, malgré le soin apporté à se faire beau pour l’autre, l’on se heurte au silence de l’abandon.

Le parcours impose une matérialité organique qui feint la chair. On croise des visages à l’huile sur bois dont l’épiderme est constellé de larmes : non pas les stigmates d’un dogme, mais la trace d’une ferveur charnelle. Fidèle à l’esprit de Nan Goldin, Bataille peuple ses 15 stations de sa propre ‘tribu’, de ses ami.es..

L’icône religieuse s’efface devant le portrait intime : les sujets qui nous fixent sont ses complices de vie et de création, dont les souvenirs partagés sacralisent chaque étape du parcours. Certaines œuvres chorales s’incarnent dans les interventions de ses proches — Héloïse Rival, Samantha Kerdine, Paul Emilieu ou Virginie Béjot — qui façonnent avec lui cette géographie de l’attachement.

L’écriture plastique de Bataille emprunte aux maîtres anciens — de Bellini à Bruegel — la patience du regard et le soin du détail, qu’il réinvestit dans une esthétique résolument contemporaine. Il ne s’agit pas ici de pastiche, mais d’une hybridation sensible où l’huile sur bois dialogue avec des composants technologiques et la faïence émaillée. En ralentissant le temps de la représentation, l’artiste transforme chaque geste — une inclinaison, une larme, une posture — en une expérience politique. Il tisse ainsi une communauté dissidente, où la vulnérabilité est élevée au rang de force collective irréductible, rendant la chair aussi fragile que sacrée.

Cette exposition célèbre une beauté vulnérable, magnifiée par les craquelures et les confidences. Entre la rudesse des cadres en métal et la caresse des toiles peintes, Clément Bataille nous rappelle que se mettre en œuvre, c’est d’abord sacraliser ceux qui nous entourent. Une invitation radicale à percer la surface pour atteindre ce lieu où la peau des amis et le sacré ne font plus qu’un.

Clément Bataille
‘Lama Sabachthani – Pourquoi m’as-tu abandonné?’
DS Galerie, Paris
Jusqu’au 16 mai 2026 ( derniers jours)
En Savoir + : https://dsgalerie.com/fr

Joan Semmel, Fleshed Out, 2025,huile sur toile, 152.4 x 182.9 cm, exposition Continuities, Xavier Hufkens, 2026, (c) Joan Semmel, (c) photo courtesy Xavier Hufkens, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Joan Semmel, Fleshed Out, 2025,huile sur toile, 152.4 x 182.9 cm, exposition Continuities, Xavier Hufkens, 2026, (c) Joan Semmel, (c) photo courtesy Xavier Hufkens, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Xavier Hufkens | Joan Semmel : L’implacable continuité du corps

Chez Xavier Hufkens, Joan Semmel (née en 1932) pulvérise les diktats du paraître avec Continuities. À 93 ans, l’artiste continue de peindre son propre corps comme une image dont elle est la seule auteure, refusant de laisser le regard social — qui invisibilise systématiquement la femme vieillissante — dicter sa valeur. Ce n’est ni un souvenir, ni un idéal que l’on contemple, mais une présence physique immédiate et triomphante.

L’émotion surgit de cette  mise à nu  sans compromis, portée par une palette incandescente. La chair n’est pas rendue dans des tons réalistes, mais parcoure des teintes saturées, où des jaunes acides et solaires viennent irradier la toile, transformant le corps en une source de lumière autonome.

Dans des œuvres comme ‘Here I Am’ (2025), Semmel rejette toute tentation d’embellissement. Les contours se brouillent, portés par des jaunes fluorescents et des lavis subtils qui maintiennent la figure dans un échange continu avec son environnement. En superposant différentes versions de sa propre figure, elle rend tangible le passage du temps non pas comme un déclin, mais comme une accumulation de présences.

Joan Semmel sacralise sa propre peau, marquée par les décennies et électrisée par cette couleur omniprésente, pour en faire un territoire de résistance politique et esthétique. L’exposition, déployée simultanément à Bruxelles et à New York, crée un continuum géographique qui fait écho à la permanence de son geste. Une leçon de regard qui nous rappelle que ‘se faire beau / bellee, c’est avant tout oser se regarder en face, nimbé de cette lumière crue et magnifique.

Joan Semmel
‘Continuities’
Xavier Hufkens, Bruxelles
Jusqu’au 27 juin 2026
En Savoir + : https://www.xavierhufkens.com

Artur Grucela, Songless Bird, exposition collective Intimate Figures, EDJI Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Artur Grucela, courtesy EDJI Gallery, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Artur Grucela, Songless Bird, exposition collective Intimate Figures, EDJI Gallery, Bruxelles, 2026, (c) Artur Grucela, courtesy EDJI Gallery, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Edji Gallery | Des intimités figuratives actuelles

Avec l’exposition collective ‘Intimate Figures’, la Edji Gallery (désormais installée rue du Page) propose une immersion dans la peinture figurative contemporaine où le corps n’est plus un objet d’étude, mais le réceptacle d’une narration privée. Ici, « se faire beau » s’envisage comme une mise à nu, une vérité offerte sans fard au regard à travers cinq écritures qui bousculent nos perceptions.

L’onirisme vaporeux de Tatiana Gorgievski ouvre le parcours en faisant flotter les corps dans une couleur-atmosphère, tandis qu’Artur Grucela impose une présence physique radicale, sculptant la chair par des empâtements denses et une saturation chromatique presque monumentale.
Cette intensité trouve un contrepoint chez Carlos Rodríguez, qui saisit avec une économie de moyens percutante la beauté brute du désir masculin, balançant entre la simplicité du trait et une charge émotionnelle vibrante. Plus loin, Ralf Kokke préfère entremêler l’humain à une nature rustique dans des paysages symboliques aux formes joyeusement simplifiées, alors que Jacob Todd Broussard fragmente la figure et superpose les signes, transformant le corps en un rébus dont la splendeur se mérite à travers les strates de la peinture.

‘Intimate Figures’ nous rappelle ainsi que la véritable beauté réside dans cette instabilité de la surface, reflet fidèle de nos propres identités mouvantes, enfin libérées du poids de la pose.

‘Intimate Figures’ (exposition collective)
EDJI Gallery, Bruxelles
Jusqu’au 06 juin 2026
En Savoir + : https://www.edjigallery.com

Natalia Gonzalez Martin, An Absence Stronger Than Any Presence, 2026, huile sur toile, 50 x 40 cm, exposition Secret Skins, Rodolphe Janssen, Bruxelles, (c) Natalia Gonzalez Martin, courtesy Rodolphe Janssen, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Natalia Gonzalez Martin, An Absence Stronger Than Any Presence, 2026, huile sur toile, 50 x 40 cm, exposition Secret Skins, Rodolphe Janssen, Bruxelles, (c) Natalia Gonzalez Martin, courtesy Rodolphe Janssen, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Rodolphe Janssen | Secret Skins : la nouvelle figuration à fleur de peau

À une époque saturée par la théâtralisation du moi , la galerie Rodolphe Janssen propose avec ‘Secret Skins‘ une respiration nécessaire, presque clandestine. L’exposition réunit une génération d’artistes qui se détourne du spectaculaire pour explorer les recoins du corps privé, là où le nu n’est plus une figure héroïque ou académique, mais un territoire de vulnérabilité et d’introspection. Ici, la peau n’est pas une frontière lisse : elle est une matière sensible et psychique qui porte les traces de nos atmosphères mentales.

Pour illustrer cette quête du « dedans », l’œuvre de Natalia Gonzalez Martin, ‘An Absence Stronger Than Any Presence’, capture parfaitement l’esprit du projet. Sa démarche, au croisement de la tradition picturale classique et d’une tension psychologique contemporaine, s’incarne ici dans un troublant jeu de miroir. L’artiste réinterprète le célèbre Suaire de Turin en inversant radicalement le point de vue : ce n’est plus le Christ, mais le visage marial qui semble imprégner le tissu. Dans cette composition, le corps s’efface au profit d’une émotion sourde, illustrant l’idée que l’absence peut occuper l’espace avec plus de force que la chair elle-même. La peinture devient littéralement épidermique, brouillant les limites entre le sujet représenté et la matérialité du médium.

L’intérêt majeur de cet accrochage collectif réside dans cette manière de traiter le nu comme un paysage intérieur, façonné par la mémoire et le désir spectral. À travers les œuvres de cette sélection, se faire beau ne signifie plus se parer pour l’autre, mais accepter la fragilité de son propre reflet dans l’intimité d’un espace non représenté. Une invitation à contempler ce que l’on ne montre jamais : la peau comme secret et le corps comme refuge.

‘Secret Skins’ (exposition collective)
Rodolphe Janssen, Bruxelles
Jusqu’au 04 juillet 2026
En Savoir + : https://rodolphejanssen.com

Jérôme Zonder, Étude pour un portrait de Pierre-François #114, 2026, Graphite et fusain sur papier, 200 x 150 cm, exposition Portraits du Paradis, Galerie Nathalie Obadia, Paris, (c) Jérôme Zonder, Adagp, Paris, 2026, Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, Agenda Boombartstic mai - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Jérôme Zonder, Étude pour un portrait de Pierre-François #114, 2026, Graphite et fusain sur papier, 200 x 150 cm, exposition Portraits du Paradis, Galerie Nathalie Obadia, Paris, (c) Jérôme Zonder, Adagp, Paris, 2026, Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, Agenda Boombartstic mai – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Galerie Obadia | Jérôme Zonder : Portraits du paradis & mémoires recomposées

À la Galerie Nathalie Obadia, le dessinateur Jérôme Zonder nous convie à une réflexion vertigineuse sur la fabrique du visage contemporain. Avec ‘Portraits du Paradis’, il retrouve ses personnages fétiches — Pierre-François, Baptiste et Garance — empruntés au chef-d’œuvre de Marcel Carné, Les Enfants du paradis. Mais ici, la  beauté  de ces icônes de celluloïd est passée au crible du graphite et du fusain, se confrontant aux mutations anthropologiques de notre siècle.

Zonder s’interroge : comment représenter la figure humaine aujourd’hui, alors que nos corps sont redessinés par la prolifération des images et l’omniprésence des écrans ? Dans ses portraits recomposés, le ‘ paraître ‘ ne relève plus de la pose, mais d’une sédimentation de mémoires physiques et numériques. Sur le papier, cela grouille, respire et déborde : le travail de la main — frottements, pressions, effacements — inscrit directement le corps de l’artiste sur la surface, témoignant d’un engagement physique total.

Les noirs subtilement nuancés produisent une matière dense où l’intrusion du texte au cœur de la chair joue un rôle moteur. En utilisant le carbone — composant fondamental du vivant — pour façonner ses ombres, Zonder révèle que nos identités sont autant dictées par les récits que par la matérialité organique du monde. Par un travail virtuose sur la ligne et l’estompe, il fait vaciller les traits de ses modèles pour mieux sonder leur mystère. Se faire beau devient une navigation entre le réel et le flux incessant des pixels, là où le visage devient une image scintillante, à la fois familière et insaisissable.

Jérôme Zonder
Portraits du Paradis
Galerie Nathalie Obadia, Paris
du 21 mai au 24 juillet 2026
En Savoir +https://www.nathalieobadia.com/fr

MA SELECTION DE BEAUX LIVRES – Fais-toi belle | beau (Le corps et le visage dans l’art)

En ce mois de mai, voici une proposition de cinq magnifiques livres d’art à s’offrir et à poser sur sa table de salon. Au cœur de cette sélection, le catalogue de l’exposition Bozar donne le ton en explorant la frontière entre le beau et le laid.

Du dialogue entre littérature et peinture pour écrire le corps à l’idéal anatomique de Michel-Ange, des visages oscillant entre ressemblance et effacement à la force de ces figures sans portrait saisies de dos, chaque ouvrage est une invitation à feuilleter l’histoire de l’art autrement.

Prolonger la réflexion : [Découvrez ma sélection de chaque livre d’art essentiel sur Boombartstic.]

 

 

Citadelles & Mazenod, Ecrire Le Corps de l'Antiquité à nos Jours, 2022, anthologie réunie par Emmanuelle Hénin, collection Littérature illustrée, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Citadelles & Mazenod, Ecrire Le Corps de l’Antiquité à nos Jours, 2022, anthologie réunie par Emmanuelle Hénin, collection Littérature illustrée, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Citadelles & Mazenod | Écrire le corps : la peau comme manuscrit

Dans sa prestigieuse collection ‘Littérature illustrée’, Citadelles & Mazenod publie ‘Ecrire le Corps’, un ouvrage dirigé par Emmanuelle Hénin qui résonne comme une défense et illustration du corps comme lieu de la condition humaine.

Cette anthologie transversale fait dialoguer plus de 120 auteurs — de la poésie antique de Sappho à la prose contemporaine d’Annie Ernaux — avec 350 chefs-d’œuvre iconographiques. Loin d’être un simple catalogue, ce livre explore le corps comme un paradoxe philosophique : nous ne sommes pas dans notre corps comme un pilote dans un navire, nous sommes notre corps.

À une époque où le transhumanisme efface la frontière entre l’homme et la machine et où le corps devient un objet de consommation, cet ouvrage propose un désenchantement salvateur. Au fil d’une déambulation sensorielle, le lecteur traverse les âges du corps, sonde le mystère des passions et de l’existence, pour finalement se confronter à la beauté, à la laideur et aux enjeux d’un corps social et politique.

Dans cet agenda printanier placé sous le signe du renouveau et de l’image de soi, ‘Écrire le Corps’ s’impose comme un bel ouvrage sur le thème « Fais-toi belle | beau ». Alors que nos sorties de mai explorent les reflets et les portraits, ce livre nous rappelle que la première surface de notre identité reste notre propre chair, façonnée par les siècles de culture et d’art.

‘Ecrire le Corps’, 2022
Collection Littérature illustrée
Citadelles & Mazenod
En Savoir + : https://citadelles-mazenod.com/product/ecrire-le-corps/

 

Catalogue de l'exposition Bellezza e Bruttezza, BOZAR, Bruxelles, 2026, éditions Fonds Mercator & BOZAR Books, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Catalogue de l’exposition Bellezza e Bruttezza, BOZAR, Bruxelles, 2026, éditions Fonds Mercator & BOZAR Books, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Fonds Mercator | Bellezza e Bruttezza : l’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance

Édité par Fonds Mercator en coédition avec Bozar Books, ce catalogue sous la direction de Chiara Rabbi Bernard nous invite à une exploration savante de la dualité esthétique entre le XVe et le XVIe siècle. L’ouvrage démontre qu’à la Renaissance, la beauté et la laideur ne s’excluent pas : elles forment une relation triangulaire entre l’idéal divin, la réalité et le grotesque. Dès la préface, le ton est donné : le « beau » ne relève pas seulement du plaisir des yeux, il est une affaire de jugement, un trio indissociable avec le bien et le vrai.

Le chapitrage nous guide à travers les trois piliers de cette pensée : il s’ouvre sur l’idéal et les proportions mathématiques d’Alberti, se confronte ensuite au réel à travers le portrait et la cosmétique, pour aboutir à l’exploration de l’écart et du caricatural. Ici, les visages oscillent : d’un côté, la perfection des Beautés vénitiennes ; de l’autre, les visions dévorantes de Léonard de Vinci ou l’observation crue de Quentin Metsys. Le catalogue explore aussi la physiognomonie — cette lecture des traits censée révéler l’âme — et le dialogue fécond entre les écoles italiennes et flamandes, où l’art commence à reproduire la nature tout en acceptant de la distordre.

Dans cet agenda de mai, ce catalogue s’impose comme le complément indispensable de notre thématique « Fais-toi belle | beau ». En interrogeant les racines de nos canons esthétiques, Bellezza e Bruttezza nous renvoie un miroir saisissant sur nos propres tourbillons numériques, entre quête obsessionnelle de perfection et fascination pour le grain du réel.

‘Bellezza e Bruttezza’
Catalogue de l’exposition éponyme, BOZAR, Bruxelles, jusqu’au 14 juin 2026
Fonds Mercator | Co-édition BOZAR
En Savoir + : https://mercatorfonds.be/fr/product/bellezza-e-bruttezza

 

Editions Citadelles & Mazenod, Face au Visage, XXème et XXIème siècle, 2023, auteur Itzhak Goldberg, (c) visuel courtesy Citadelles & Mazenod, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Editions Citadelles & Mazenod, Face au Visage, XXème et XXIème siècle, 2023, auteur Itzhak Goldberg, (c) visuel courtesy Citadelles & Mazenod, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle, Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Citadelles & Mazenod | Face au visage : de l’identité au manifeste contre la dépersonnalisation

À la lisière entre l’essai personnel et la recherche savante, cet ouvrage d’Itzhak Goldberg nous convie à une confrontation nécessaire avec l’irréductible : le visage. Focalisé sur les XXe et XXIe siècles, l’auteur explore comment les artistes ont fait de la figure humaine un champ de bataille esthétique, oscillant entre la quête de ressemblance et la tentation de l’effacement. À travers un corpus de plus de 120 artistes, le livre interroge ce qui subsiste de l’humain lorsque les traits deviennent des traces, des fragments ou des fantômes évanescents.

L’ouvrage ne suit pas une chronologie linéaire mais s’articule autour de métamorphoses symboliques. Le chapitrage nous mène de l’usage du masque et de la caricature aux dispositifs modernes que sont le photomaton et le selfie. Goldberg consacre des analyses profondes à des figures emblématiques comme Giacometti, Bacon, Bonnard ou Spilliaert, tout en explorant l’influence du Pop Art et de l’hyperréalisme. Il décode avec acuité comment, face aux tragédies et aux exils du siècle dernier, le visage s’est parfois anéanti en forme spectrale, traité par les artistes comme un fragment ou un recouvrement.

Au-delà de l’étude artistique, ce livre est un cri d’alerte face aux risques du transhumanisme et de la dématérialisation numérique. Véritable manifeste contre la dépersonnalisation, il s’érige contre la menace d’une humanité « augmentée » mais désincarnée en proposant un hymne à la singularité physique. La mise en page, qualifiée de sacrale, instaure une chorégraphie visuelle où un masque antique dialogue avec une photographie contemporaine, forçant le lecteur à l’immobilité et à cette lenteur du regard nécessaire pour contrer le flux des images jetables.

En tant que résistance contre l’effacement du sujet, cet ouvrage affirme que, malgré les déconstructions de la modernité, le visage demeure le sanctuaire ultime de la présence.

‘Face au Visage, XXème et XXIème siècle’, 2023
Citadelles & Mazenod
Auteur : Itzhak Goldberg
En Savoir + : https://citadelles-mazenod.com/product/visage-s/

 

Les Hommes de Michel-Ange - le corps masculin dans la vie et l'œuvre de Michel-Ange, catalogue de l'exposition éponyme au Teylers Museum, Haarlem, Pays-Bas, Hannibal Books, 2025, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Les Hommes de Michel-Ange – le corps masculin dans la vie et l’œuvre de Michel-Ange, catalogue de l’exposition éponyme au Teylers Museum, Haarlem, Pays-Bas, Hannibal Books, 2025, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi Belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Hannibal Books | Michelangelo and Men : l’apothéose de l’idéal anatomique

Accompagnant l’exposition majeure du Teylers Museum (Haarlem), cet ouvrage publié chez Hannibal Books lève le voile sur la psyché d’un génie tourmenté en plaçant l’humain et l’intime au centre de l’analyse.

Sous la direction d’experts tels que Martin Gayford, Paul Joannides et Jennifer Sliwka, ce catalogue richement documenté ne se contente pas de célébrer les chefs-d’œuvre universels ; il explore comment chaque trait de fusain ou coup de burin bat au rythme du cœur d’un homme en quête d’absolu.

Le livre décrypte le rapport complexe de Michel-Ange à la masculinité, où l’influence de la sculpture antique rencontre l’idéal néoplatonicien. À travers ses dessins anatomiques d’une précision chirurgicale, ses études de modèles et sa correspondance intime, l’ouvrage analyse comment l’anatomie devient le réceptacle de toutes les émotions, de la dévotion sacrée au désir le plus profond. On y découvre des nus puissants et musclés contrastant avec des figures androgynes d’une grâce infinie, révélant une empreinte indélébile sur l’histoire du regard.

Michelangelo and Men apporte un éclairage historique fondamental. Ce livre nous rappelle que notre fascination pour le corps plonge ses racines dans cette Renaissance où le charnel rencontrait enfin le spirituel. Une invitation à prendre le temps d’observer comment, bien avant nos miroirs modernes, Michel-Ange a sculpté notre manière de percevoir la beauté.

‘Michelangelo and Men – The Male Body in the Life and Work of Michelangelo’, 2025
catalogue de l’exposition éponyme au Teylers Museum, Haarlem, Pays-Bas (E & NL)
Auteurs : Martin Gayford, Klazina Botke, Terry van Druten e.a.
Hannibal Books
En Savoir + : https://hannibalbooks.be

catalogue de l'exposition Vu(e)s de Dos, une Figure sans Portrait, Les Franciscaines, Deauville, France, 2026, In Fine Editions d'art, Agenda Boombartstic mai 2026 - Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
catalogue de l’exposition Vu(e)s de Dos, une Figure sans Portrait, Les Franciscaines, Deauville, France, 2026, In Fine Editions d’art, Agenda Boombartstic mai 2026 – Fais-toi belle | Fais-toi beau, Boombartstic Art Magazine
Editions In Fine | Vues de dos : une figure sans portrait

« Le visage se lit comme une nouvelle, le dos comme un poème chiffré. » Cette formule de Georges Banu résume à elle seule le pari fou du magnifique catalogue de l’exposition « Vues de dos. Une figure sans portrait », co-édité par In Fine Editions d’Art et Les Franciscaines de Deauville.

Sous la direction de Thierry Grillet, cet ouvrage explore l’un des motifs les plus provocateurs de l’histoire de l’art : le corps qui se dérobe. Du Moyen Âge à la création contemporaine, on y découvre comment cette silhouette interdite est passée d’un simple rôle de figurant à un redoutable instrument de liberté. Un véritable « portrait sans portrait » qui renverse nos certitudes.

Au fil des pages, ce catalogue nous plonge dans une fascinante guerre du regard. Longtemps banni pour des raisons purement financières — les riches commanditaires exigeant d’être vus de face pour rentabiliser leur investissement —, le dos ne gagne son autonomie qu’avec l’émancipation des artistes. En brisant la tutelle des mécènes, les peintres s’emparent enfin de cette zone aveugle. De la sensualité mystérieuse des académies à la vérité brute de la Lavandière de Camille Paul Guigou, le livre le prouve : tourner le dos n’est jamais un refus d’identité. C’est l’affirmation d’une présence universelle.

Cette étude agit comme un manifeste d’une brûlante actualité. À l’heure de l’hyper-visibilité numérique et de la tyrannie du visage surexposé, le dos devient l’ultime espace de résistance. Une stratégie de pudeur absolue. Une manière de témoigner de son existence ou de sa lutte sans se mettre en péril face à l’objectif. Qu’elles soient spectrales chez Vladimir Velickovic ou suspendues dans l’intimité chez Félix Vallotton, ces figures nous obligent à ralentir. Elles incarnent à la perfection cette lenteur du regard chère à notre démarche, nous rappelant une vérité oubliée : le dos est peut-être la part la plus humaine de l’être. Celle qui nous échappe, mais qui nous force à regarder autrement.

‘Vu[e]s de Dos’, 2026
Catalogue de l’exposition ‘Vu(e) de dos. Une figure sans portrait’ 
organisée par Les Franciscaines, Deauville, France, jusqu’au 31 mai 2026
In Fine Editions d’Art
En Savoir + : https://infine-editions.fr/publications/vue-de-dos/

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