Published 17 janvier 2026 Commentaires 0 Commentaire Par Eric Mabille Tags dessin contemporainEscapadesEssen - AllemagneMuseum FolkwangWilliam Kentridge William Kentridge : L’écho des ombres, au Museum Folkwang Le Museum Folkwang à Essen accueille ‘Listen to the Echo’, une rétrospective majeure consacrée à l’artiste sud-africain William Kentridge. Entre dessins au fusain, films d’animation et installations monumentales, l’exposition se déploie comme un voyage au cœur de la mémoire, à découvrir jusqu’au 18 janvier 2026. Peut-on réellement effacer le passé, ou n’en finit-on jamais d’en dessiner les contours sur les strates du présent ? Face aux œuvres de William Kentridge, le regard se perd dans une esthétique de l’effacement où chaque trait de fusain semble porter le deuil du précédent. L’exposition rassemble un corpus impressionnant de travaux réalisés depuis la fin des années 1970 : des dessins préparatoires aux tapisseries majestueuses, en passant par ses célèbres films d’animation où la gomme devient un outil de création à part entière. Fruit d’une collaboration étroite avec les Staatliche Kunstsammlungen de Dresde, ce projet se déploie en deux volets complémentaires. Alors que l’exposition miroir au Kupferstich-Kabinett de Dresde explore la genèse de son œuvre graphique et son dialogue avec les maîtres anciens (Dürer, Rembrandt ou Goya), le commissariat du Museum Folkwang d’Essen, porté par Tobias Burg, ancre Kentridge dans une résonance industrielle. Ici, l’angle curatorial privilégie le lien entre Johannesburg et la Ruhr, faisant de ce parcours un jalon essentiel de la programmation culturelle européenne actuelle. Le visiteur est invité à déambuler à travers les grands chapitres qui ponctuent la carrière de l’artiste. Le parcours s’ouvre sur la genèse de son théâtre d’ombres, traverse les zones d’ombres du colonialisme et de l’Apartheid, pour s’achever dans l’intimité de son studio, véritable laboratoire de la pensée en mouvement. William Kentridge, L’art de la résonance Listen to the Echo : l’art de prêter l’oreille. Pour William Kentridge, l’écho n’est pas simple répétition, mais une transformation du sens à travers le temps et l’espace. Au fil de l’exposition, l’artiste nous invite à une écoute active : celle d’une image ou d’un son qui rebondit, s’imprégnant de nouvelles strates de lecture à chaque ricochet. Le Museum Folkwang devient alors une immense chambre acoustique où le visiteur guette le dialogue concret entre les thématiques chères à l’artiste et leur résonance industrielle immédiate ici, à Essen. Prêter l’oreille à l’écho, c’est finalement comprendre que dans le noir profond du fusain, l’histoire ne se tait jamais ; elle vibre par ondes successives sur le papier, interpellant directement notre présent. William Kentridge à Essen : le temps du regard — Boombartstic S’aventurer vers Essen en cet automne 2025, c’est accepter de voir le paysage de la Ruhr se transformer en une fresque de fer et de charbon, un prélude industriel qui semble avoir été dessiné par la main même de William Kentridge. L’exposition ‘Listen to the Echo’, pensée pour le 70ème anniversaire de l’artiste, ne se contente pas d’une rétrospective formelle ; elle s’impose comme une conversation géo-poétique entre les cicatrices de Johannesburg et celles de la Ruhr. Une gémellité mélancolique s’établit ici : tandis que l’artiste met en mouvement le déclin des mines sud-africaines, le Museum Folkwang devient le miroir européen d’un passé ouvrier qui résonne avec une acuité nouvelle. Au cœur de cette immersion, tout commence par le geste du dessin. Ce n’est pas seulement un médium, c’est une architecture de la pensée où chaque ligne tracée porte en elle le fantôme de la précédente. La scénographie, laboratoire de l’intime, délaisse la rigidité muséale pour embrasser l’esprit du studio de l’artiste. Ce monde dessiné ne reste jamais statique ; il se déploie dans une théâtralité vibrante, un ‘opéra de l’ombre’ où les objets du quotidien acquièrent une dimension tragique. Le visiteur devient alors le témoin d’une pensée en mouvement, d’un art qui résiste à l’immédiateté numérique pour réhabiliter la lenteur du regard. Derrière la virtuosité du trait, Kentridge sonde surtout nos fragilités. Si la densité des œuvres exige du visiteur une attention de chaque instant, elle reflète avant tout un monde en perpétuel mouvement, où rien n’est jamais tout à fait achevé. En confrontant les ombres des mines aux spectres du colonialisme — du génocide des Herero à l’Apartheid — Kentridge ne livre pas de verdict, mais des échos. Il transforme le musée en un sanctuaire où le fusain devient le sismographe de l’âme humaine, nous apprenant à lire l’histoire dans les interstices du noir et blanc. William Kentridge Listen to the Echo Museum Folkwang 1 Museumplatz 45128 Essen, Allemagne jusqu’au 18 janvier 2026 du mardi au dimanche, de 10h à 18h le jeudi et le vendredi, de 10h à 20h En Savoir+ > https://www.museum-folkwang.de/fr William Kentridge, Self-Portrait as a Coffee-Pot, 2024, Image tirée de l’épisode 4, Finding One’s Fate (Trouver son destin), exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, 2025, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Art Magazine William Kentridge, I look in the Mirror, I Know What I Need, 2023, Encre et crayon sur papier Phumani fait main, 139,5 x 166,5 x cm, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, 2025, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Art Magazine William Kentridge, Demands Impossible, 2009, Encre sur les pages d’un livre, 167 x 164 cm, Collection Museum Folkwang, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, 2025, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Museum Folkwang, Boombartstic Art Magazine William Kentridge, Norvège, Suède et Danemark (Porteur avec chaises), 2005, tapisserie en mohair tissée à la main, 275 x 198 cm, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Art Magazine William Kentridge, Tightrope of Our Hope (Le fil tendu de notre espoir), 2023, Fusain, crayon de couleur, impression numérique, collage et encre de Chine sur papier, diamètre 124 cm, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Art Magazine William Kentridge, The Great Yes (Studio Still Life), 2022, Encre et crayon sur papier Phumani fait main, 181 x 221 x cm, collection privée, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Magazine William Kentridge, Private Thoughts, détail, , 2021, dessin pour Studio Life, exposition Listen to the Echo, Museum Folkwang, Essen, Allemagne, 2025, (c) William Kentridge, 2025, (c) photo courtesy Kentridge Studio, Boombartstic Art Magazine Auteur Eric Mabille "J’adore bouger et mon rapport à l’art est dans le mouvement, l’instinct et l’instant et ce depuis toujours. J'aime ce côté spontané, libéré de toute connaissance préalable, en vrai autodidacte. J’apprécie aussi pleinement le moment privilégié d’une preview presse, où seul dans une salle d’exposition, j’ai cette impression d’avoir toutes les œuvres pour moi. » Eric Mabille est diplômé en marketing, passionné de web, spécialisé en gestion de projets culturels et en marketing de destination et de niche. Il fréquente depuis plusieurs années l’atelier de dessin et les cours de chant lyrique à l’Académie de Saint-Gilles.
Escapades Paris 1955, l’Abstraction allemande au centre du Modernisme, musée Emil Schumacher, à Hagen