Published 28 septembre 2026 Commentaires 0 Commentaire Par Eric Mabille Tags Araki NobuyoshiBruxellesExpositionFondation A StichtingIshiguro KenjiIshiuchi MiyakoJulien FrydmanMiyamoto RyujiMochizuki MasaoNarahashi AsakoNihondi SatomiPhotographie contemporainePhotographie japonaiseShibuya NorikoShiga LiekoTakahashi MunemasaTakahashi YutakaTsuchida HiromiYamazawa EikoYoshida Mutsuko Lost & Found à la Fondation A : les résurgences de la photo japonaise face à l’oubli. Que reste-t-il d’une image quand l’Histoire vacille sous le poids des traumatismes ? À Bruxelles, l’exposition Lost & Found à la Fondation A propose une traversée sensible de la photographie japonaise. Élaborée à partir de la collection de la Fondation A et enrichie par les perspectives de nombreuses femmes photographes, cette sélection sondent les traumatismes collectifs, la béance de la mémoire, les stigmates du temps, la fragilité de l’existence et la reconstruction par l’image. Dès l’entrée, l’installation monumentale de Munemasa Takahashi donne son nom à l’exposition : son Lost & Found Project rassemble un pan entier de clichés effacés par le tsunami, où 1 600 visages et paysages orphelins flottent comme les empreintes tenaces d’une vie suspendue, balayée par la déferlante violente des flots. De l’ombre d’Hiroshima aux déferlantes du tsunami de 2011, le parcours tisse un fil tendu entre catastrophe, disparition, archive intime et renouveau. Accrocher son regard sur ces épreuves, c’est accepter de dialoguer avec des fantômes et des traces sauvées des eaux. Sous le regard éclairé du commissaire Julien Frydman, la Fondation A exhume également un ensemble exceptionnel de séries des années 1970 et 1980, récemment retrouvées et rarement montrées au public. Chaque cliché porte les stigmates du temps, des altérations chimiques ou des secrets intimes préservés du silence. Cette plongée poignante dans la mémoire nippone invite à suspendre notre flux d’images quotidiennes. Boombartstic Art Magazine, prendre le temps du regard, c’est précisément choisir ces bifurcations visuelles où l’accident de la pellicule révèle la puissance d’un témoignage. Une traversée silencieuse, exigeante et profondément marquante à ne pas manquer lors de vos pérégrinations bruxelloises. Ma chronique complète de l’exposition. Prochainement sur Boombartstic Art Magazine. L’Œil de Boombartstic À la Fondation A Stichting, l’exposition Lost & Found m’a mené à travers une traversée de la photographie japonaise post-catastrophe. Dès le seuil franchi, le ton est posé : l’exposition écarte le spectaculaire de l’effondrement pour arpenter cette lisière fragile où la mémoire tente de retenir l’oubli. Le commissaire Julien Frydman inscrit ce parcours dans cette instabilité de la vision que qualifie si bien « half awake, half asleep in the water », en référence aux immersions d’Asako Narahashi. Dès mes premiers pas, je me suis trouvé face à l’installation de Munemasa Takahashi : cet ensemble de 1 600 photographies de familles, repêchées et lavées de la boue après le tsunami de mars 2011, forme un mémorial profondément touchant. Devant ces clichés abîmés, mon regard s’est arrêté, pris par la force silencieuse de ces images. Entre ces épreuves de papier et d’ombres, j’ai perçu comment l’accrochage relie l’intime aux grands traumatismes de l’archipel. Alors que le regard international a souvent réduit la photographie nippone à la furie visuelle des années 1970, le parcours choisi par la Fondation A mise sur la retenue et la pudeur. La rigueur de Yutaka Takanashi et les ruines géométriques de Ryūji Miyamoto après le séisme de Kobe en 1995 répondent avec gravité aux fragments d’Ishiuchi Miyako et d’Hiromi Tsuchida sur les traces d’Hiroshima. J’ai aussi particulièrement aimé la place accordée à un contrepoint plus vivant et féminin : la liberté des jeunes danseurs Takenoko-zoku photographiés par Noriko Shibuya et les portraits de Satomi Nihongi apportent une énergie inattendue, montrant que la présence des corps dans la ville reste une réponse à l’angoisse de l’effacement. Au-delà de la rétrospective historique, cette exposition pose une question essentielle sur notre rapport actuel à l’image et au temps. Même si on peut observer une certaine austérité dans les expérimentations télévisuelles de Masao Mochizuki ou de Mutsuko Yoshida, ce parti pris du mystère rappelle la condition même du médium photographique : il n’est pas un miroir froid de la réalité, mais une matière vivante, une seconde peau sujette à la blessure, à la ruine et à la résurrection. En invitant son public à pratiquer ce « temps du regard » si cher à Boombartstic, la Fondation A ne signe pas seulement une démonstration esthétique d’une grande rigueur ; elle offre une halte salutaire, un baume contre le flux amnésique des images numériques. Lost & Found, la Photographie japonaise Fondation A 304 Avenue Van Volxem 1190 Bruxelles jusqu’au 20 décembre 2026 du jeudi au dimanche, de 13h à 18h En Savoir + : https://fondationastichting.com/ Tsuchida Hiromi, de la série Hiroshima Collection, 1982, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et IBASHO, Boombartstic Art Magazine Takahashi Munemasa, Lost and Found, installation, 1600 photos trouvées dans leur chemise en plastique, date inconnue, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxlles, 2026, (c) courtesy the artist et Lost & Found Project 3.11, Boombartstic Art Magazine Araki Nobuyoshi, Cendres-d’étain, 2008, reproduit du portfolio Cendres-d’étain,-publié par- Toluca Éditions, Paris, 2012, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, Boombartstic Art Magazine Ishiguro Kenji, de la série Hiroshima, 1965, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et Akio Nagasawa Gallery, Boombartstic Art Magazine Ishiuchi Miyako, ひろしま, Hiroshima, 2016, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et The Third Gallery Aya, Boombartstic Art Magazine Miyamoto Ryūji, Kobe 1995 – After the Earthquake – après le Tremblement de Terre, 1995, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist, Boombartstic Art Magazine Mochizuki Masao, des séries Television, 1975-1976, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist, Boombartstic Art Magazine Narahashi Asako, Bentenjima, de la série, Half awake and half asleep in the Water, 2001, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et IBASHO, Boombartstic Art Magazine Nihongi Satomi, Long Hair Inverted, 1979, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et Komiyama Tokyo, Boombartstic Art Magazine Shibuya Noriko, Takenoko-zoku, 1979-1982, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et Le Plac’art Photo, Boombartstic Art Magazine Shiga Lieko, Rasen Kaigan, 2009-2012, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist, Boombartstic Art Magazine Tsuchida Hiromi, from the series Hiroshima Collection, 1982, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et IBASHO, (c) photo Le-Plac’art Photo, Boombartstic Art Magazine Yamazawa Eiko, What I Am Doing, no. 78, 1986, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist et The Third Gallery Aya, Boombartstic Art Magazine Yoshida Mutsuko, TV Junkie’ 83 Memorial 031, 1983, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy Le Plac’art Photo, Boombartstic Art Magazine Takanashi Yutaka, de la série Golden Gai Bars, 1982, exposition Lost & Found, Fondation A, Bruxelles, 2026, (c) courtesy the artist, Boombartstic Art Magazine Auteur Eric Mabille Fondateur de Boombartstic, j’explore les arts visuels avec la même curiosité que vous : à travers le mouvement, l'instinct et le temps du regard. Spécialiste en gestion de projets culturels, je décrypte l’actualité des arts pour nourrir nos envies de découvertes. Je cultive un soin d’écriture particulier pour partager mes sélections qualitatives d'expositions en galeries et dans les musées, mon agenda, ainsi que mes critiques de livres d'art. Basé à Bruxelles, j’aime dénicher l'inattendu lors de mes escapades en Europe, privilégiant toujours l'immersion des previews presse. Plus qu'un magazine, je conçois Boombartstic comme un compagnon de route pour tous ceux qui, comme moi, aiment vivre l'art avec exigence et authenticité.