Published 23 septembre 2026 Commentaires 0 Commentaire Par Eric Mabille Tags Art Decoart verrierCharleroiEscapadesModernismeMusée du verre de CharleroiVal Saint-Lambert Art Déco et modernisme au Val Saint-Lambert : l’éclat retrouvé du verre au Musée des Beaux-Arts de Charleroi Matière noble et séculaire, le cristal s’est plié aux audaces de l’entre-deux-guerres, révélant un équilibre saisissant entre épure géométrique, rigueur formelle moderniste et élégance stylisée. L’exposition Art déco et modernisme, Val Saint-Lambert (1925-1939) célèbre ce dialogue d’exception entre les cristalleries du Val Saint-Lambert, l’Art Déco et le Modernisme. Un rendez-vous inédit proposé par le Musée du verre, à découvrir au Musée des Beaux-Arts de Charleroi jusqu’au 27 septembre 2026. Je découvre [+] Val-Saint-Lambert; laboratoire secret des avant-gardes Val-Saint-Lambert au cœur des collections Le design et la conception au Val Saint-Lambert : l’âge d’or des créateurs Genèse et parcours de l’exposition : deux siècles d’histoire au Val Saint-Lambert Salons et expositions internationales : la conquête du monde De l’artistique à l’utilitaire : le cristal au service du quotidien Sandrine Isambert : le verre, la chaîne et les femmes de l’ombre Dans l’oeil de Boombartstic Et si la véritable révolution esthétique des années 1920 et 1930 s’était jouée au cœur même de l’incandescence du verre en fusion ? Val-Saint-Lambert; laboratoire secret des avant-gardes De la virtuosité du geste naissent alors la rigueur géométrique et la pureté des lignes, marquant un souffle nouveau pour la création verrière au sortir de l’exubérance de l’Art nouveau. Conçue par le Musée du verre de Charleroi, la présentation Art déco et modernisme au Val-Saint-Lambert (1925-1939) rassemble un ensemble d’exception de 160 pièces — vases aux arêtes vives, coupes sculpturales, flacons taillés et verreries d’art — et documents d’archives témoignant de ce bouillonnement créatif. En quête d’épure et de modernité, on se demande si le cristal n’a pas été le laboratoire secret des avant-gardes… Val-Saint-Lambert au cœur des collections Portée par le Musée du Verre de Charleroi sous le commissariat de Catherine Thomas et Géraldine Frère, la manifestation investit les volumes singuliers du musée. Dans ce décor où la force minérale et brute des anciennes écuries dialogue avec la délicatesse et la transparence du verre, orchestré par une scénographie fluide signée Delphine Dumont (Néomuseo), le parcours prend vie grâce à une impressionnante constellation de prêts. Des collections propres du Musée du Verre de Charleroi aux joyaux du Musée Horta, des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Belgique au Design Museum de Gand, au Grand Curtius de Liège et à la Fondation Madeleine 7, l’exposition tisse des ponts rares entre les collections publiques et privées. Elle s’enrichit également d’un apport international majeur — la London International Glass Collection —, sans oublier la complicité de collectionneurs privés. Le design et la conception au Val Saint-Lambert : l’âge d’or des créateurs Né de l’émulsion créative des ateliers du Val Saint-Lambert, le parcours célèbre le rôle déterminant de ces « artistes-orchestres » — ces dessinateurs, modeleurs, professeurs et directeurs artistiques d’avant-garde qui concevaient aussi bien les modèles et les décors que les catalogues et les stands. Véritable fil rouge curatorial, la mise en lumière de ces esprits pionniers à travers les œuvres de Charles Graffart, Joseph Simon, René Delvenne, Modeste Denoël et Félix Matagne révèle toute une effervescence stylistique, propulsant le verre belge au sommet de l’Art déco et du modernisme européen. Dans les ateliers de la manufacture, le dessin n’a jamais été un simple exercice de style : il traduisait la quête intime de ces concepteurs. Libérés des carcans académiques, ils ont pensé le cristal non comme une matière figée, mais comme un matériau vivant, tendu vers la lumière. De la pureté géométrique des carafes à la sensualité galbée des vases, chaque pièce porte cette ambition rare : marier l’exigence de la haute technicité industrielle à la fulgurance du geste artistique. Une impulsion décisive qui a hissé le design belge au premier plan de la création internationale. Genèse et parcours de l’exposition : deux siècles d’histoire au Val Saint-Lambert Pensé comme une traversée chronologique à travers deux siècles d’histoire verrière, le parcours s’ouvre sur la genèse de cette aventure industrielle colossale : fondée en 1826 à Seraing, sur le site même de l’ancien val du couvent des moines de Saint-Lambert, par le chimiste Kemlin et le financier Leloup, la manufacture de la vallée mosane a fait travailler des milliers d’ouvriers avant d’écrire les plus belles pages du design européen. Le musée propose aux visiteurs une déambulation au fil de quatre grandes thématiques. Le regard se pose d’abord sur la virtuosité des grands designers, avant de s’imprégner de l’émulation des salons et expositions internationales qui offraient au Val Saint-Lambert une vitrine d’exception. Le parcours gagne ensuite en intimité au contact des productions d’usage courant, pour mieux s’achever dans la pleine mesure d’une évolution stylistique vibrante, lue à travers les pièces maîtresses de la manufacture. Salons et expositions internationales : la conquête du monde Coup d’éclat à Paris en 1925. Pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, le Val Saint-Lambert hésite, puis s’engage pleinement au sein d’un pavillon belge signé par l’architecte Victor Horta, avec des intérieurs conçus par Oscar Van de Voorde. Résultat ? Une consécration absolue : la plus haute distinction du jury. Plus qu’une simple vitrine, cet événement marque l’acte de naissance officiel de l’Art déco. Le cristal de Seraing quitte les registres traditionnels pour s’imposer comme le pouls battant d’une esthétique nouvelle. L’aventure ne s’arrête pas aux portes de la capitale française. De l’Exposition internationale de Liège en 1930 à celle de Bruxelles en 1935 — où la manufacture érige son propre pavillon —, en passant par la mise en scène coloniale de Vincennes en 1931 ou la silhouette épurée signée Henry Van de Velde à Paris en 1937, le Val Saint-Lambert transforme chaque grand rendez-vous en manifeste. Autant d’escales où le verre belge dialogue avec son époque, capturant la lumière des avant-gardes pour s’offrir, aujourd’hui encore, comme un voyage à part entière à travers l’histoire du goût. De l’artistique à l’utilitaire : le cristal au service du quotidien Quand la crise de 1929 redistribue les cartes, le Val Saint-Lambert doit réinventer son horizon. Fini le temps où la manufacture ne brillait que par ses pièces d’apparat : pour traverser la tempête et pérenniser ses ateliers, elle fait le pari audacieux du quotidien. Services de table ciselés, verres à pied et flacons fuselés entrent dans les foyers. Grâce à des procédés de fabrication modernisés, le cristal de Seraing se démocratise, prouvant que le beau n’est pas l’apanage des grands jours. Mais l’utilitaire, ici, prend des chemins infiniment plus surprenants. Dehors, la matière épouse les audaces de l’architecture moderne en se transformant en blocs et caissons de verre massifs, taillés pour illuminer les façades et les dalles des galeries commerçantes. Dedans, elle s’invite avec la même aisance dans le design d’intérieur, à l’image de ce paravent d’exception signé Henri Pruvez et Onno Schelling qui structure l’espace domestique. Une sacrée leçon de style : pour traverser le siècle, le grand art sait aussi bien façonner nos décors de ville que nos intérieurs les plus intimes. Sandrine Isambert : le verre, la chaîne et les femmes de l’ombre Dès le hall d’entrée, l’art contemporain nous cueille à froid. L’installation ‘Faire feu ‘de Sandrine Isambert impose immédiatement sa présence. En trois actes ciselés, l’artiste plasticienne redessine les contours de la mémoire ouvrière. Une chaîne de cinquante mètres, formée d’alignements de maillons semi-transparents suspendus dans le vide. À la fois lien et entrave, cette structure matérialise avec une évocation subtile la cadence du labeur et du travail à la chaîne. Sur des fragments de verre brisé, des verres et des vases de second choix fournis par la manufacture, l’artiste réactive des archives photographiques du Val Saint-Lambert datant de 1900-1920. Des plaques d’époque transformées en transferts troublants où des visages de femmes — oscillant entre élégance bourgeoise et dureté de la tâche — nous fixent en silence. Et pour parachever cette mise en abîme, des slogans façonnés en transparence affleurent, rappelant cette inlassable « seconde journée » de travail domestique et non rémunéré. Une entrée en matière magistrale : un dialogue serré entre le passé de Seraing et une conscience contemporaine affûtée. Dans l’oeil de Boombartstic À l’heure où le site historique de Seraing orchestre la relance de son pôle verrier pour porter les célébrations du bicentenaire de la manufacture (1826-2026), le Musée du Verre de Charleroi investit les salles du Musée des Beaux-Arts pour offrir une halte attentive aux amateurs de création verrière, loin de la simple vitrine commerciale. En isolant la parenthèse féconde des années 1925-1939, l’exposition déploie sous ses vitrines une mutation cruciale où le verre et le cristal abandonnent la luxuriance végétale de l’Art nouveau au profit de lignes géométriques précises et épurées. Ce rendez-vous carolorégien, inscrit au cœur des festivités du bicentenaire, permet de saisir avec finesse comment l’excellence du savoir-faire belge a su apprivoiser la modernité sans rien céder à son exigence technique. En parcourant l’exposition, on se laisse très vite séduire par cette rencontre éclairée entre une production intimiste de prestige, réservée à des commandes particulières, et l’essor d’une création lumineuse pensée pour le plus grand nombre. Devant la virtuosité des pièces taillées ou gravées à la roue — exécutées sous la direction de figures tutélaires telles que Charles Graffart ou Joseph Simon —, je mesure toute l’excellence d’un savoir-faire d’exception. Mais la belle surprise du parcours vient de la place accordée à la gamme Luxval. Née pour faire face au choc financier de 1929, cette aventure industrielle et sociale a permis, grâce au demi-cristal moulé-pressé, d’injecter la modernité Art déco dans les objets du quotidien, sans rien sacrifier à la rigueur du trait. Enfin, comme un écrin contemporain posé au cœur de l’histoire, l’installation de Sandrine Isambert déploie une poignante délicatesse : ses trois pièces — où le verre sérigraphié des photographies d’archive répond à l’imposante chaîne de cristal — viennent raviver la mémoire et le geste trop longtemps invisibilisés des ouvrières de Seraing, redonnant un visage humain à la matière. En ressortant de cette exposition, l’impression domine d’avoir traversé un chapitre essentiel où la matière a su se plier aux exigences d’un siècle nouveau. La réussite du parcours tient à cet équilibre délicat où la précision historique n’étouffe jamais la poésie de la forme ni le foisonnement subtil des couleurs. La création verrière conserve ici toute la richesse de son expression et toute sa force d’évocation. Une halte lumineuse au cœur du bassin carolo, qui rappelle la rareté fascinante d’un tel médium dans les musées comme dans les galeries, et invite à poser un regard renouvelé sur un patrimoine vivant trop souvent méconnu. Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939) Sandrine Isambert, Faire FeuMusée du Verre de Charleroisur le site du Musée des Beaux-Arts de Charleroi67 Boulevard Pierre Mayence6000 Charleroijusqu’au 27 septembre 2026du mardi au vendredi, de 09h à 17hle week-end, de 10h à 18hEn savoir + : https://charleroi-museum.be/ À lire aussi : Envie d’ailleurs ? Retrouvez mes récits de voyage et mes découvertes au fil de mes [escapades d’art en Belgique et en Europe]. Ensemble présenté dans l’exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Joseph Simon, Jardinière ovale, détail, ADP6bis, Cristal clair double aurore, taillé à la roue, 1925, Musée du Verre de Charleroi, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Arthur Monfrais/Armon photo, Boombartstic Art Magazine Joseph Simon, Vase Cardinal, Cristal topaze doublé prune, taillé à la roue, 1935, Alonso International Glass Collection, en dépôt au Design Museum Gent, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) Hiroyuki Yamamoto, Boombartstic Art Magazine Charles Graffart, Vase, 1924, Fondation Madeleine 7, Bruxelles, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Lucien Petignot et Modeste Denoël, Bonbonnière Joséphine, 1926, Fondation Madeleine 7, Bruxelles, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Lucien Petignot et Modeste Denoël, Vase Saint-Malo, 1926, Fondation Madeleine 7, Bruxelles, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Charles Graffart , Vase Danseuse, 1924-1925, Fondation Madeleine 7, Bruxelles, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Joseph Simon, Vase Ulysse taille S/336, Cristal clair doublé mauve soufflé, décor taillé à la roue, 1926/1929, Alonso International Glass Collection, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Arthur Monfrais/Armon Photo, Boombartstic Art Magazine Vase Timor, Cristal fuchsia, taillé à la roue, 1937, Fondation Madeleine 7, Bruxelles, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), (c) photo Guy Focant, Boombartstic Art Magazine Henri Puvrez & Onno Schelling, Paravent, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Be Culture, Boombartstic Art Magazine Joseph Simon, Vase Georges Deprez EB114, Cristal topaze doublé bleu pétrole, taillé à la roue, 1935, Collection privée, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Arthur Monfrais/Armon Photo, Boombartstic Art Magazine Joseph Simon, Ensemble de vases réalisés sur base du modèle Ulysse, 1926-1930, exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Arthur Monfrais – Armon Photo, Boombartstic Art Magazine Vue de l’exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Be Culture, Boombartstic Art Magazine Sandrine Isambert, Faire Feu, installation, verre, focus contemporain dans le cadre de l’exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert ((1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) Sandrine Isambert, (c) photo Be Culture, Boombartstic Art Magazine Sandrine Isambert, Faire Feu, installation, focus contemporain dans le cadre de l’exposition Art Déco et Modernisme au Val Saint-Lambert (1925-1939), Musée du Verre de Charleroi, 2026, (c) photo Be Culture, Boombartstic Art Magazine Auteur Eric Mabille Fondateur de Boombartstic, j’explore les arts visuels avec la même curiosité que vous : à travers le mouvement, l'instinct et le temps du regard. Spécialiste en gestion de projets culturels, je décrypte l’actualité des arts pour nourrir nos envies de découvertes. Je cultive un soin d’écriture particulier pour partager mes sélections qualitatives d'expositions en galeries et dans les musées, mon agenda, ainsi que mes critiques de livres d'art. Basé à Bruxelles, j’aime dénicher l'inattendu lors de mes escapades en Europe, privilégiant toujours l'immersion des previews presse. Plus qu'un magazine, je conçois Boombartstic comme un compagnon de route pour tous ceux qui, comme moi, aiment vivre l'art avec exigence et authenticité.