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ArtOnPaper 2026 – 10 ans d’arts sur papier et nos découvertes Boombartstic

ArtOnPaper 2026 – 10 ans d’arts sur papier et nos découvertes Boombartstic

Pour sa dixième édition, la foire dédiée aux arts sur papier rassemble cinquante-six participants s’installe à Tour & Taxis du 2 au 4 octobre 2026.

Il y a quelque chose d’infiniment précieux dans les allées d’ ArtOnPaper 2026, avant que la foule ne s’en empare. Ce moment suspendu où les cimaises respirent encore, où le silence permet au regard de s’exercer pleinement. Après deux ans à la Gare Maritime du site de Tour & Taxis, c’est le retour à un espace plus apaisé d’une halle d’exposition plus classique. Et c’est une excellente décision. car pour cette édition anniversaire, la promesse est intacte : ralentir, s’attarder, et prendre le temps du regard.

Flâner dans une foire dédiée au dessin et aux arts sur papier exige un autre rythme. Loin des grands fracas de la peinture monumentale ou des installations spectaculaires, ce support graphique invite à l’intimité. Il demande de s’approcher, de plisser les yeux pour saisir la fibre, d’apprivoiser l’encre, le fusain ou la gravure.

Fidèles à cette exigence de lenteur, Emmanuelle Indekeu et Louise Malfait orchestrent un paysage de 56 participants venus sonder les limites et les infinis de la feuille. Pour appréhender la richesse de cette cartographie, la manifestation s’organise autour de cinq sections distinctes qui guident le promeneur d’acteurs historiques de l’histoire de l’art aux contemporains.

 

Caribaï, gravure et peinture sur trois panneaux de bois, 185 x 242 cm, 2020, (c) courtesy Galerie La Forest Divonne Bruxelles | Paris, ArtOnPaper 2026, Boombartstic Art Magazine
Caribaï, gravure et peinture sur trois panneaux de bois, 185 x 242 cm, 2020, (c) courtesy Galerie La Forest Divonne Bruxelles | Paris, ArtOnPaper 2026, Boombartstic Art Magazine

Cartographie d’une édition anniversaire

Les galeries historiques et modernes : C’est le socle de la foire, là où le trait se lit à travers la patine du temps. On y croise des maîtres du siècle dernier, des gestes ancrés dans l’histoire de l’art moderne, rappelant que le dessin fut de tout temps le laboratoire secret des artistes.

La création contemporaine : Au fil des stands, le tracé se fait plus libre, parfois urgent ou politique. Les artistes contemporains subvertissent le plan, le plient, le découpent, le brûlent, transformant l’espace de la page en un territoire d’expérimentation brute.

La scène émergente : Véritable pouls de la foire, cet espace offre une visibilité salutaire à de jeunes auteurs qui réinventent les grammaires graphiques. C’est souvent ici que l’œil est le plus bousculé, face à des propositions audacieuses qui refusent les étiquettes.

Les duos et propositions monographiques : Des cimaises pensées comme des bulles autonomes, permettant de plonger en profondeur dans l’univers d’un seul artiste. Une configuration idéale pour la contemplation et l’immersion critique.

La nouvelle section Édition : C’est l’une des belles promesses de cette année, mettant à l’honneur les livres d’artistes, les multiples, la gravure et la micro-édition. Un pont direct entre l’intimité de l’atelier et la diffusion imprimée.

ArtOnPaper 2026, mes découvertes coups de coeur

D’une travée à l’autre, le regard glisse, s’arrête, se laisse happer par une vibration lumineuse ou une rature maîtrisée. L’œuvre sur papier ne se contente plus de représenter ; elle devient un organisme vivant. Les portes du vernissage s’apprêtent à s’ouvrir. C’est ici, au fil de mes déambulations et de mes rencontres dans les allées, que s’inscrivent mes découvertes de cette édition.

João Freitas, lauréat du SOLO Prize d’ArtOnPaper 2026

Présenté par la galerie LAGE EGAL, l’artiste bruxellois João Freitas — né à Coimbra en 1989 — a conquis le jury par une démarche où le papier s’affranchit de sa fonction de simple support pour devenir la matière première et organique de l’œuvre. Loin d’appliquer une image en surface, il utilise des papiers trouvés, industriels ou composites (journaux, fardes, papier de verre, surfaces de Tetra Pak) et façonne ses compositions par soustraction : en grattant, ponçant, raclant et usant les strates successives, il laisse le geste dialoguer avec la résistance, la friction et l’érosion du matériau.

Cette distinction offre au lauréat un accompagnement sur mesure à travers une triple récompense : une exposition personnelle dans l’espace « Guest » du Musée d’Ixelles du 28 octobre au 3 décembre 2028 (suite à sa réouverture en mars 2027), un portfolio d’une dizaine de pages dans le volume 29 de la revue The Drawer en octobre 2027, ainsi qu’une remise de 50 % sur un futur stand d’exposition. Une reconnaissance qui consacre un travail d’orfèvre où le dessin naît de la tension entre effacement et révélation.

 

João Freitas, sans titre, , 2023, emballages Tetra Pak en carton plastifié trouvés, 139 x 105 cm, Lage Egal Curatorial Projects, Berlin | Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
João Freitas, sans titre, , 2023, emballages Tetra Pak en carton plastifié trouvés, 139 x 105 cm, Lage Egal Curatorial Projects, Berlin | Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Reinhold Koehler : déchirures et décollages chez Whitford Fine Art (Londres | Bruxelles)

Figure singulière et d’une indépendance farouche au sein de la scène rhénane d’après-guerre, Reinhold Koehler (1919-1970) s’est imposé comme un pionnier incontournable des avant-gardes tactiles. Loin des sentiers balisés, l’artiste élabore dès 1948 sur l’île de Sylt – bien avant le néo-dadaïsme – les bases d’un vocabulaire radical fondé sur les déchirures et les décollages.

S’il côtoie l’émulation informelle du groupe 53 à Düsseldorf, aux côtés d’artistes marquants de sa génération comme Gerhard Hoehme, Karl Fred Dahmen ou Otto Piene, Koehler reste un loup solitaire. Refusant les étiquettes trop strictes, il fait de la manipulation du papier un acte physique direct : déchirer, griffer au couteau, inciser ou effiler les fibres deviennent ses outils pour faire surgir la forme et donner de l’épaisseur à l’image.

Au fil des décennies, cette recherche plastique se ramifie à travers des techniques novatrices que l’exposition met en lumière dans toute leur diversité. Ses « Plakat-Décollages » superposent des strates d’affiches et de magazines arrachées pour révéler les couches inférieures, tandis que ses « Décollages Brûlés » marquent au fer rouge et à la flamme des supports de papier noirci.

L’accrochage révèle également toute la puissance de ses « Contre-Collages », où le verre brisé et recouvert d’encre vient pulvériser les limites traditionnelles du tableau, aux côtés de pièces sculpturales inattendues comme ces bouteilles enrobées de papier cartographique lacéré. Une occasion rare de mesurer la portée de cette œuvre à la fois explosive et rigoureuse.

 

Reinhold Koehler, Thorax - Glass Decollage, Whitford Fine Art Londres | Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Reinhold Koehler, Thorax – Glass Decollage, Whitford Fine Art Londres | Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Armand Simon, un Surréaliste belge, à la Galerie Nardone (La Louvière)

Il y a des artistes dont la trajectoire épouse la discrétion. Armand Simon (1906-1981) est de ceux-là. Surnommé le « Solitaire de Pâturages », ce pilier secret du surréalisme hennuyer – complice de la première heure d’Achille Chavée et de Fernand Dumont – a mené une existence presque recluse dans sa bourgade boraine, loin des agitations mondaines mais au cœur vibrant de l’avant-garde.

Si son œuvre graphique est intimement associée aux contrastes de l’encre noire et aux visions oniriques de ses Maldoror, la Galerie Nardone dévoile ici une facette inattendue et rare. Issue d’un recueil unique acquis récemment en vente aux enchères, une série rare de lithographies et d’épreuves en couleur se révèle au regard.

Dans des tonalités souvent douces ou pastels, ces planches rares ouvrent un espace poétique singulier, loin de ses encres habituelles. Un ensemble précieux qui éclaire d’un jour nouveau l’univers intime de cet artiste majeur, à découvrir sur le stand de la galerie.

 

Armand Simon, Galerie Nardone, La Louvière (BE), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Armand Simon, Galerie Nardone, La Louvière (BE), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Harshit Agrawal , mémoire végétale à la galerie Octarr (Londres | Miami | Paris | Amsterdam)

Au cœur du projet DARArtNouveau porté par la galerie Octarr, l’artiste indien Harshit Agrawal interroge notre lien intime au vivant à travers une matière chargée d’histoire. Le projet part d’un geste mémoriel fort : un chêne français de 350 ans (planté sous Louis XIV) transformé en papier artisanal pré-industriel. Dans son œuvre Herbarium of Gentle Resistance, Agrawal utilise ce support organique pour fusionner une cartographie ancienne et des structures végétales en réseau. Cette résistance douce évoquée par le titre symbolise la capacité de la nature et de la matière historique à résister à l’effacement, prolongeant ainsi la poésie des herbiers et des cartes anciennes à travers un regard éminemment contemporain.

Sur le stand de la galerie, cette pièce s’inscrit dans un ensemble plus vaste conçu comme un dialogue à travers les siècles. Chaque présentation adopte la forme d’un triptyque réunissant une carte de Cassini du XVIIIe siècle, une planche d’herbier originale de 1895 du botaniste P. Populus et la création contemporaine de l’artiste. En réunissant ces strates historiques, géographiques et botaniques sur ce papier d’exception, le projet tisse un pont sensible entre la rigueur des sciences d’autrefois et la vitalité de la création actuelle.

 

Harshit Agrawal, Herbarium of Gentle Resistance, projet collectif DARArtNouveau, Octaar, Londres | Miami | Paris | Amsterdam, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) Octarr, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Harshit Agrawal, Herbarium of Gentle Resistance, projet collectif DARArtNouveau, Octaar, Londres | Miami | Paris | Amsterdam, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) Octarr, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Hanne Winkler, fragments de papier roulé, à la galerie Exit Art (Amsterdam)

Présentée par la galerie Exit Art d’Amsterdam, l’artiste d’origine danoise Hanne Winkler développe un travail minutieux façonné à partir de techniques mixtes mêlant acrylique, encre et collage. Ses compositions se présentent sous la forme de petits modules cylindriques ou de parcelles de papier délicatement découpées, roulées et assemblées au sein de boîtes-vitrines blanches.

Chacun de ces petits rouleaux, portant les traces de textures graphiques et de superpositions colorées, est disposé en une grille aérienne et rythmée qui rappelle l’organisation d’une partition ou la structure d’une façade urbaine.

En jouant sur les variations subtiles des teintes – allant des blancs et noirs contrastés aux éclats de bleus profonds et de terres chaudes –, l’œuvre tire sa force de la matérialité même du papier en relief. Les éléments se détachent du fond blanc pour projeter de fines ombres portées, ancrant chaque pièce dans une présence sculpturale intime qui invite à s’approcher pour en détailler chaque fragment.

 

Hanne Winkler, Dancing Shadows, Exit Art, Amsterdam (NL), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Hanne Winkler, Dancing Shadows, Exit Art, Amsterdam (NL), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Katerina Moschou, greffes et stratigraphie, The Paddocks (Athènes)

Née en 1991 à Athènes, Katerina Moschou est une artiste pluridisciplinaire dont la démarche s’articule au carrefour de la sculpture, de la photographie, de la gravure et du dessin. Pour sa présentation sous forme de solo show, l’artiste réunit des œuvres issues d’une résidence menée au printemps 2025, centrées sur le concept de la « greffe » (grafting), un procédé botanique où deux plantes sont unies pour guérir et croître ensemble.

Elle s’empare de cette notion à la fois comme un processus matériel et une métaphore plastique de la connexion, de la métamorphose et de l’émergence de formes inédites. En travaillant le papier et divers supports translucides, elle explore minutieusement la superposition, l’assemblage et les jonctions, en prenant soin de laisser volontairement visibles les traces physiques de ses interventions.

Ses compositions se caractérisent par un dialogue subtil entre des crayons de couleur, du graphite, des tirages photographiques brillants, des impressions d’art Giclée et des gravures sur bois imprimées à la main, créant ainsi des strates texturées et des paysages mentaux empreints d’une grande poésie tactile.

 

Katerina Moschou, The Paddocks, Athène, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Katerina Moschou, The Paddocks, Athène, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Peter Depelchin explore les arcanes du tarot à la Husk Gallery (Bruxelles)

Présentées en exclusivité sur le stand de la Husk Gallery — qui représente l’artiste depuis plusieurs années —, ces œuvres annoncent la quatrième exposition personnelle de Peter Depelchin – intitulée La Source, prévue du 8 novembre au 19 décembre 2026.

Dans cette série graphique d’une grande minutie, Peter Depelchin réinterprète la symbolique des arcanes majeurs du tarot à travers un trait incisif et une narration visuelle imprégnée de mythologie et de mystère. Entre allégories du voyage, figures hybrides et visions oniriques, l’artiste prolonge son univers singulier — marqué par de précédents travaux comme son hommage au dieu Pan — et convie le spectateur à une lecture contemplative du destin.

Au cœur de cette démarche, le dessin s’impose comme un territoire d’exploration archéologique et psychologique, où se croisent références classiques et visions contemporaines. Maîtrisant l’art du détail et de la métaphore, Peter Depelchin façonne des compositions foisonnantes qui interrogent la condition humaine, le sacré et les grands mythes fondateurs. Son trait virtuose, tour à tour délicat et puissant, insuffle une vie théâtrale aux allégories qu’il convoque, transformant chaque œuvre en une énigme visuelle à décrypter.

 

Peter Depelchin, Husk Gallery Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Peter Depelchin, Husk Gallery Bruxelles, ArtOnPaper 2026, (c) courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Les Géographies sensibles de Brankica Žilović, à la galerie Émile Dujat (Bruxelles)

Sur son stand, la galerie Émile Dujat présente les œuvres de Brankica Žilović, qui transforme le livre en un paysage vivant et mystérieux. Née en Serbie et diplômée des Beaux-Arts de Belgrade puis de Paris, l’artiste développe depuis les années 2000 une pratique pluridisciplinaire saluée par de grandes institutions, de la Bibliothèque nationale de France au Guangdong Museum of Art en Chine.

Pour sa série Les Yeux de la Terre présentée sur le stand, elle chine de vieux ouvrages à l’Hôtel Drouot dont elle peint les pages jaunies à l’aquarelle, y faisant surgir des regards multiples. Dans un geste continu, elle prolonge cette peinture par un minutieux travail de broderie : des fils colorés s’échappent des reliures en cascades, semblables à des flux telluriques ou à des larmes secrètes.

Par cette alchimie entre la mémoire de l’objet ancien, le dessin et le textile, elle offre au visiteur une cartographie aussi vulnérable que puissante, invitant à prendre le temps du regard face aux métamorphoses de la nature.

 

Brankica Žilović, Les Yeux de la Terre XIII, 2026, Broderie sur livre, 30×30 cm, Galerie Emilie Dujat, Bruxelles, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Brankica Žilović, Les Yeux de la Terre XIII, 2026, Broderie sur livre, 30×30 cm, Galerie Emilie Dujat, Bruxelles, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Carlotta Bailly-Borg à la galerie Sybil (Bruxelles)

Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, l’artiste française Carlotta Bailly-Borg, qui vit et travaille à Bruxelles, développe une pratique pluridisciplinaire — oscillant principalement entre peinture, dessin et gravure — où les corps, les formes et les textures se déploient dans un continuum organique et sensuel.

À l’occasion de la foire Art on Paper, la galerie Sybil présente les pièces issues d’une résidence de création menée autour de l’œuvre gravée de Frans Masereel. À travers cette série d’eaux-fortes, l’artiste déploie un flux d’images en perpétuelle mutation où les règnes végétal, animal et humain s’interpénètrent. Procédant par montage et par ellipses oniriques, elle court-circuite toute narration linéaire au profit d’une accumulation de motifs fragmentaires, s’apparentant à une entreprise aussi encyclopédique qu’anti-encyclopédique — non sans évoquer la démarche obsessionnelle des copistes de Flaubert.

Entre plaques de zinc pliées, épreuves et matrices, chaque gravure devient ainsi le réceptacle d’un processus intime et génératif où le savoir se mesure à sa propre dérive.

 

Carlotta Bailly-Borg, Sybil Project, Bruxelles, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Carlotta Bailly-Borg, Sybil Project, Bruxelles, ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) et (c) photo courtesy the gallery, Boombartstic Art Magazine
Jessica Lisse, Par la fenêtre, à la Buronzu Gallery (Liège)

Jessica Lisse orchestre une captivante suite de vues marines où l’intimité d’un intérieur dialogue avec l’immensité de l’horizon. D’une toile à l’autre, rythmées par la présence d’une tasse posée sur le rebord, d’une silhouette écrivant face aux flots ou d’une simple enveloppe de papier, ces fenêtres entrouvertes déploient un subtil récit poétique. En saisissant la lumière changeante autour d’îlots solitaires, l’artiste transforme chaque fragment en une strophe visuelle d’une minutie infinie, offrant à voir le pouvoir narratif d’une séduisante polyphonie picturale.

Née en 1990, l’artiste façonne son œuvre au cœur même de son espace intime, travaillant au rythme de ses inspirations, de jour comme de nuit. Dans ce cadre quotidien qui favorise le repli et la concentration, elle développe une approche où la peinture devient le réceptacle d’un regard minutieux porté sur le monde. Chaque composition se structure comme une échappée visuelle, jouant de la précision des détails pour sonder les frontières poreuses entre le réel et un univers intérieur profondément contemplatif.

On ne peut dès lors que saluer l’association subtile des œuvres opérée par la galerie sur son stand. En rapprochant ces pièces distinctes autour d’un motif partagé, la mise en espace tisse un véritable fil rouge narratif. Cette mise en regard insuffle une dimension romanesque à des fragments pourtant autonomes, transformant leur juxtaposition en une traversée sensible et cohérente.

 

Jessica Lisse, Buronzu Gallery, Liège (BE), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine
Jessica Lisse, Buronzu Gallery, Liège (BE), ArtOnPaper 2026, Bruxelles, (c) courtesy the gallery, (c) photo Eric Mabille, Boombartstic Art Magazine

L’œil de Boombastic

Cette dixième édition d’Art on Paper s’inscrit comme une halte bienvenue face au tourbillon trépidant de nos agendas urbains. Relancée sous la direction d’Emmanuelle Indekeu, la manifestation choisit l’intime et la vulnérabilité de la feuille, rappelant au visiteur passionné en quête de repères esthétiques — qu’il soit amateur éclairé ou futur collectionneur — que le dessin demeure ce territoire souverain où la pensée s’inscrit sans artifice. Quittant le tumulte quotidien pour arpenter ce dédale baigné de lumière, je goûte ici à une forme de résistance plastique, une invitation à ralentir le pas pour mieux épouser le frémissement du trait.

Dans ce paysage en mouvement, je ne peux que saluer la dimension éminemment tactile de l’événement, qui s’accorde au rythme de matières brutes. Les collages de papiers anciens, les dessins surréalistes, les superpositions de strates graphiques, les subtiles architectures de fil et les déchirures calculées rappellent avec une force singulière combien la feuille sait capturer l’élan intime et l’urgence de l’artiste. L’implantation dans les Sheds offre à cette cinquantaine de galeries participantes un écrin fluide et aéré ; loin de saturer l’espace, chaque stand respire, offrant à ces œuvres d’une grande fragilité la clarté nécessaire pour y trouver leur juste place.

La résonance de cette foire anniversaire dépasse la simple vitrine marchande pour s’imposer à mes yeux comme un laboratoire des sens, fidèle au motto de notre magazine. En offrant au regard un espace de recueillement où la main, la trace et le doute reprennent leurs droits face au spectaculaire, Art on Paper redéfinit l’art de la halte. S’aventurer dans ses allées, c’est s’autoriser ce luxe devenu rare : prendre le temps du regard pour capter, dans la modestie d’une feuille, l’écho de notre monde.

ArtOnPaper 10e édition
Tour & Taxis (Shed 1),
86 C, avenue du Port
1000 Bruxelles
du 2 au 4 octobre 2026
En Savoir +
: www.artonpaper.be/fr

À lire aussi : Retrouvez mes chroniques et mes coups de cœur au fil des [galeries d’art à Bruxelles].

 

ArtOnPaper 2026, vue de stand d'une précédente édition, (c) Geoffrey Fritsch, Boombartstic Art Magazine
ArtOnPaper 2026, vue de stand d’une précédente édition, (c) Geoffrey Fritsch, Boombartstic Art Magazine
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