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André Cervera, l’art de la collision, au Musée Paul Valéry, à Sète

André Cervera, l’art de la collision, au Musée Paul Valéry, à Sète

Au Musée Paul Valéry de Sète, André Cervera déploie jusqu’au 7 juin 2026 une œuvre en mouvement perpétuel. Loin des rétrospectives figées, Carambolages s’affirme comme un manifeste de vitalité brute où la peinture délaisse le confort du style pour embrasser l’urgence. Une traversée singulière, entre ombres grotesques et lumière du quotidien, que j’ai explorée pour vous.

 

Enfant de Sète et héritier de la Figuration Libre, Cervera déploie une peinture pulsionnelle, structurée en trois chapitres : Fictions de Sète, Territoires de l’imaginaire et Peintures d’histoire. Ici, l’esthétique de la beauté est abordée sous l’angle d’un expressionnisme latin  qui privilégie l’énergie vitale et le mélange des cultures. Pour ce peintre-voyageur, la beauté naît de l’art de la collision — un choc visuel entre l’intime et l’universel, où des techniques brutes comme l’enterrement des toiles créent une sédimentation de la matière vivante.

André Cervera – s’avancer masqué

La récurrence du masque, véritable « gimmick » depuis son voyage fondateur en Afrique en 1995, devient le pivot de cette réflexion. Inspiré par l’art dogon et les rituels rencontrés au Mali ou au Sénégal, Cervera utilise le masque pour bousculer la représentation académique. Ce motif traduit une dualité troublante, oscillant entre le jour et la nuit, rendant impossible la fixation d’une identité unique.

Dans cette mascarade aux accents de Commedia dell’Arte, la peinture devient un rituel chamanique où le masque fait surgir « l’autre en soi ». Les visages grimaçants, qui rappellent l’influence de James Ensor et le goût du grotesque, transforment ses scènes en théâtres de l’absurde. C’est un basculement radical par rapport aux codes de l’apparence : l’artiste orchestre des collisions de formes pour faire surgir l’énergie intérieure plutôt que l’enveloppe sociale. Ses œuvres nous invitent à percevoir enfin l’incarnation brute, bien au-delà du visible.

 

André Cervera – entre réalité et fictions

Peut-on encore peindre la réalité quand celle-ci n’est plus qu’un télescopage permanent entre nos souvenirs, nos voyages et la violence de l’actualité ?

Le Musée Paul Valéry à Sète  laisse place à l’énergie brute d’André Cervera. Cette exposition marque le retour de l’artiste sétois sur les hauts de sa ville natale. Ici, les images se percutent et les mondes se croisent. Une traversée qui bouscule les certitudes et réinvente la peinture : le rythme change pour entrer dans le mouvement.

Fictions de Sète- théâtre du quotidien

André Cervera revisite sa ville natale, mais oubliez les paysages tranquilles : ici, les scènes de rue et les canaux deviennent le décor d’une étrange comédie humaine. Entre les terrasses de café et les quais, les personnages se croisent et les époques se mélangent. La réalité bascule dans l’imaginaire à travers une peinture vivante qui capture l’esprit de Sète avec une liberté totale.

Territoires de l’imaginaire – voyage intérieur

On quitte les quais pour les profondeurs de l’esprit. Cervera explore ses mythologies personnelles et ses souvenirs de voyage, notamment en Inde, où le sacré rencontre le profane. Entre les peintures à quatre mains et les dessins réalisés à l’aveugle, l’artiste laisse place à l’instinct pur. Les formes mutent et les symboles s’invitent sur la toile pour un dialogue fascinant entre le réel et le rêve.

Peintures d’histoire-  Le théâtre du monde

Le parcours s’achève sur une confrontation avec la grande Histoire et la leçon des Maîtres. André Cervera s’inscrit dans la lignée de Jérôme Bosch pour ses compositions foisonnantes et de James Ensor pour ses masques qui disent la vérité des hommes. Des œuvres parfois monumentales où le fantastique et la satire se rejoignent pour interroger notre époque.

 

Dans l’œil de Boombartstic – André Cervera, L’épreuve du carambolage

Sur les hauteurs du mont Saint-Clair, là où le Musée Paul Valéry semble veiller sur l’immensité marine, l’exposition ‘Carambolages’ s’impose comme une intrusion électrique dans un paysage culturel trop souvent poli. Loin des rétrospectives consensuelles, cette traversée en trois actes — des fictions sétoises aux peintures d’histoire — s’offre comme une expérience tellurique.

Ce retour au pays s’affirme comme une audace qui confine à la mise en danger, loin de toute complaisance. André Cervera y déploie une vitalité brute, celle d’un artiste qui délaisse le confort du style pour s’en remettre, avec une urgence viscérale, à l’aléa de l’accident. Ici, la scénographie ne se contente pas d’être un simple écrin : elle se métamorphose en une véritable caisse de résonance. La matière — toiles enterrées, strates de pigments ou marouflages — n’y est plus une surface, mais une présence vive, engagée dans une lutte frontale contre l’érosion du temps.

Au cœur de l’exposition, la notion de ‘carambolage’ agit comme un véritable point de friction. Cette hybridation formelle ne relève pas du hasard : elle signe le refus délibéré de toute hiérarchie artistique, un chaos orchestré qui force le visiteur à délaisser ses réflexes académiques pour une expérience plus brute. Une audace qui peut être saluée, et une belle invitation à dépasser la vision d’un langage hermétique, pour y découvrir une grammaire de l’urgence où le choc des formes ne cherche pas à diviser, mais à réveiller. Le carambolage s’impose finalement comme une passerelle sensible, un espace de liberté où l’œuvre, enfin délivrée de ses apparats, s’offre sans filtre à ceux qui acceptent de s’y perdre.

Dès lors, entre l’impulsion punk originelle de Cervera et la rigueur institutionnelle du Musée Paul Valéry, se noue une partie de ping-pong sensible : l’œuvre nous offre-t-elle la célébration solaire d’un quotidien extraordinaire, ou faut-il y voir une tentative désespérée — à la manière d’un Ensor ou d’un Goya — de conjurer le noir par le masque et le grotesque ?

Au-delà de l’agitation visuelle, cette exposition agit comme un miroir percutant, interrogeant notre propre rapport à l’image contemporaine. En s’affranchissant de sa fixité traditionnelle par le débordement du cadre et le dynamisme impulsé par des figures nerveuses — bombées à l’aérosol sur des toiles acryliques —, la peinture de Cervera ne se contente plus d’être regardée : elle s’incarne en véritables ‘peintures-installations’.

Face à ces dispositifs, l’expérience devient éminemment physique : le silence blanc feutré des salles répond au vacarme visuel des œuvres. ‘Carambolages ‘se refuse à toute séduction facile ; elle impose une épreuve, celle d’une reddition totale du regard. En revendiquant ces rituels picturaux sans fard, André Cervera nous livre une confidence fragile : au cœur de ses collisions de formes et de couleurs, la beauté ne se donne pas à voir comme un état figé, mais comme un ultime acte de survivance face à l’effacement inexorable du monde.

 

Cette exposition est reprise dans ma sélection d’escapades de mon agenda de juin 2026 ‘Fais-toi belle, Fais-toi beau’.

 

André Cervera
Carambolages
Musée Paul Valéry
148 rue François Desnoyer
34200 Sète – France (Occitanie)
jusqu’au 07 juin 2026
du mardi au dimanche, de 10h à 18h
En Savoir +https://museepaulvalery-sete.fr/

À lire aussi : Envie d’ailleurs ? Retrouvez mes récits de voyage et mes découvertes au fil de mes [escapades d’art en Belgique et en Europe].

 

André Cervera, Les Monstres attaquent la Ville, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 130 x 195 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Les Monstres attaquent la Ville, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 130 x 195 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Ceci n’est pas un mardi, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Ceci n’est pas un mardi, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Le Canal a bon d’Eau, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 195 x 130 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Le Canal a bon d’Eau, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 195 x 130 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, La Rue des fous, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, La Rue des fous, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Nature morte au Fantôme chinois, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 130 x 97 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Nature morte au Fantôme chinois, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 130 x 97 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Les Bancs publics, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 146 x 114 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Les Bancs publics, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 146 x 114 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Naranja, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 114 x 146 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz
André Cervera, Naranja, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 114 x 146 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz

 

André Cervera, L’Entrée de King Kong à Bruxelles, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, L’Entrée de King Kong à Bruxelles, 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 180 x 210 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, Le Sabbat, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 300 x 400 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, Le Sabbat, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 300 x 400 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine

 

André Cervera, La Forêt imprévisible, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 200 x 300 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
André Cervera, La Forêt imprévisible, 2025, acrylique et technique mixte sur toile de lin, 200 x 300 cm, exposition Carambolages, Musée Paul Valéry, Sète, France, 2026, (c) ADAGP, Paris, 2026, (c) photo Pierre Schwartz, Boombartstic Art Magazine
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