Background

Marcel Bascoulard : l’énigme photographique au Musée de la Photographie de Charleroi

Marcel Bascoulard : l’énigme photographique au Musée de la Photographie de Charleroi

L’art peut-il devenir le seul refuge d’une vie hors du monde ? L’œuvre de Marcel Bascoulard s’expose au Musée de la Photographie de Charleroi jusqu’au 27 septembre 2026. Une immersion dans le travail d’un artiste singulier dont la résurgence tient de l’insolite.

Dispersées au quatre vents, longtemps enfouies dans des caisses et des classeurs anonymes, ces photographies ont failli s’effacer à tout jamais. Présentées aujourd’hui dans leur authenticité première, elles portent les stigmates de l’oubli autant que ceux de leur improbable survie : auréoles jaunies par l’humidité, bords déchirés, marges léchées par les flammes.

La plupart en noir et blanc, parfois en couleur, ces clichés semblent se diluer dans les effacements du temps, là où le grain-même s’étiole, comme si l’image tentait de se retirer du monde. Loin des artifices du tirage moderne, cette rétrospective — fruit d’une collaboration avec la Galerie Christophe Gaillard — déploie ces fragments dans une scénographie sobre, un long alignement tel une ligne du temps, où chaque petit cliché devient le jalon d’une existence fragile, extraite des ombres.

Pourquoi ce « clochard magnifique » cousait-il ses propres robes pour se mettre en scène ?

L’homme n’était pas un marginal ordinaire. Ancien élève d’une école d’art, érudit et dessinateur reconnu à Bourges, il consignait sa ville par des dessins d’une précision quasi mimétique.

Mais c’est dans ses autoportraits photographiques, déployés sur trois décennies — des années 1940 aux années 1970 — que la bascule s’opère. Ici, la maîtrise académique s’efface, une nécessité immédiate s’impose; une démarche qui, par sa spontanéité, s’apparente à l’Art Brut. Bascoulard ne créait pas pour une postérité artistique ; il offrait ses images en fragments à ses voisins, à son entourage, comme on donne un peu de soi au hasard des rencontres.

‘Déséquilibriste’, Marcel Bascoulard revendiquait ce nom comme une signature. Entre sa formation artistique et la vie en marge, il habitait cet entre-deux, sans jamais s’y résoudre.

Curieux, attentif aux modèles d’appareils photo et aux techniques de son temps, jamais, pourtant, le matériel ne lui dictait sa loi. Son savoir, il le pliait à sa propre urgence. Peu importaient les moyens, forcément limités ; seule comptait la justesse du regard. De cette précarité, il tirait une mise en scène sobre, débarrassée de tout artifice. Refusant les conventions, chaque autoportrait devient ce geste nécessaire : affirmer son identité.

Ici, point de travestissement, ni de fard. Juste un homme. Marcel Bascoulard s’offre à l’objectif dans des robes confectionnées comme des costumes de scène qu’il cousait lui-même. Devant son abri de fortune, contre les pignons nus de la ville ou captif d’un buisson, son regard croise toujours l’éclat d’un débris de miroir. Ce morceau de verre, tenu à bout de bras, est l’unique témoin de sa vérité. Un éclat au cœur d’un destin hanté par l’ombre d’une mère meurtrière et internée.

Loin d’une quête narcissique à la Cindy Sherman — dont le dialogue avec Bascoulard fut mis en lumière par la Galerie Christophe Gaillard lors d’une foire d’art — Bascoulard ne revendique rien. Il ne cherche pas à disparaître derrière un masque. Il est. Cette œuvre, rendue au public dans sa vérité première, impose une présence sans calcul.

Prendre le temps du regard. C’est tout ce que cette exposition exige de nous. S’arrêter, contempler, accepter de ne pas tout saisir. C’est là que l’œuvre devient un refuge.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue de 320 pages et 266 photographies (Éditions du Musée de la Photographie & Galerie Christophe Gaillard).

Ce récit prolonge, à sa manière, la thématique abordée dans mon agenda « Fais-toi belle, Fais-toi beau » du mois de mai : une escale nécessaire pour regarder, vraiment.

>>> Poursuivez le Regard : [Découvrez mes Bulles d’Art pour un décryptage d’œuvre d’art qui revient à l’essentiel.]

 

Marcel Bascoulard
Musée de la Photographie
11, av. Paul Pastur (GPS : Place des Essarts)
6032 Charleroi (Mont-sur-Marchienne)
jusqu’au 27 septembre 2026
du mardi au vendredi, de 09h à 17h
le week-end, de 10h à 18h
En Savoir +https://www.museephoto.be

 

Marcel Bascoulard, pose 3 - 24 août 1967, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, pose 3 – 24 août 1967, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

Marcel Bascoulard, Vers 1948, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, Vers 1948, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

Marcel Bascoulard, pose 2 du 14 décembre 1959, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, pose 2 du 14 décembre 1959, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

Marcel Bascoulard, pose 4 du 14 mai 58, 14 mai 1958, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, pose 4 du 14 mai 58, 14 mai 1958, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

Marcel Bascoulard, pose 6 - 4 novembre 1968, exposition Marcel Bascoulard, musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, pose 6 – 4 novembre 1968, exposition Marcel Bascoulard, musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

Marcel Bascoulard, pose 1 - du 29 juin 1971, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine
Marcel Bascoulard, pose 1 – du 29 juin 1971, exposition Marcel Bascoulard, Musée de la Photographie, Charleroi, 2026, (c) courtesy Musée de la Photographie, Boombartstic Art Magazine

 

 

Leave a Comment

Leave A Comment Your email address will not be published